Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/854

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robuste, et les classes aisées retrouvent, au jour du danger, toute leur puissance et leur énergie ; sans doute encore l’homme du peuple n’a guère, en Angleterre, cette ardeur, cet esprit belliqueux, ces souvenirs enivrans qu’on retrouve dans nos populations ; enfin il est incontestable que le respect de la loi, de la hiérarchie, est encore un sentiment général et profond de l’autre côté de la flanche. C’est ce sentiment qui localise, si on peut parler ainsi, les émeutes. Ce sont des maladies endémiques de tel comté et de tel district ; elles ne s’étendent point aux parties qui n’éprouvent pas les mêmes souffrances, qui ne sont pas sous l’influence directe des mêmes causes. Tout cela est vrai, tout cela peut rassurer l’Angleterre ; mais cela n’est vrai que dans une certaine mesure, rassurant que jusqu’à un certain point. Ce qui ne se propageait pas hier commence à se propager aujourd’hui. Le courage qu’on n’avait pas s’acquiert peu à peu. Le jour où les sentimens des hommes qui souffrent pénétreraient dans un régiment, ce jour-là pourrait être le commencement d’une crise épouvantable.

Au surplus, il est évident que le gouvernement anglais est vivement pénétré de la gravité de ces dangers. Aussi tous ses efforts tendent-ils à se procurer la seule ressource qui soit efficace, l’ouverture des marchés étrangers. Ici par des traités, là par la force, le gouvernement anglais travaille sans cesse à cette couvre, qui est pour lui une couvre de salut.

Le cabinet whig, il est juste de le reconnaître, poursuivait la même tache ; mais, par ses imprudences, il s’était éloigné du but, au lieu de s’en rapprocher, et avait fini par laisser au cabinet tory une succession des plus embarrassées. Le cabinet actuel s’applique avec ardeur à débrouiller ce chaos. Fidèle aux principes de la grande et vraie politique, il ne veut pas avoir en même temps plusieurs affaires sur les bras. Il vient de conclure un arrangement tel quel avec les États-Unis, et va, dit-on, simplifier sa position dans les Indes. Il pourra alors s’occuper avec plus de suite, d’énergie et de sûreté, des affaires de la Chine. C’est là un point capital pour la Grande-Bretagne, une question qui a été peut-être soulevée prématurément, ainsi que les autres, mais qui, résolue favorablement, pourrait offrir au génie commercial et industriel de l’Angleterre des ressources incalculables. Reconnaissons-le cependant, ce qu’on a fait jusqu’ici est bien peu de chose, et l’organisation, ainsi que le caractère des peuples de la Chine, sont des obstacles sans cesse renaissans, et qui pourraient décourager une nation moins puissante, moins audacieuse, moins persévérante que l’Angleterre.

Les relations de l’Angleterre avec le Portugal sont de plus en plus intimes ; le Portugal ne peut se soustraire à l’influence anglaise. En revanche et par cela même peut-être, il y a une sorte de refroidissement entre l’Angleterre et l’Espagne. La fierté nationale est venue en aide aux intérêts locaux des producteurs espagnols, en particulier des Catalans. L’Espagne ne se prêtera pas aux vues commerciales de l’Angleterre. Ce serait là une entreprise périlleuse pour le régent.

Les bruits les plus divers ont été répandus ces jours-ci sur le compte de la