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hostiles devraient nous commander de connaître à fond le génie d’un peuple sur la véritable grandeur duquel il serait aussi funeste que puéril de se laisser aveugler par des susceptibilités nationales.

L’opinion générale sait une chose vraie de l’Angleterre : c’est que les lois mêmes de sa nature lui imposent la nécessité d’accroître continuellement sa domination. La production des richesses est l’unique mobile du peuple anglais. Tout a concouru à assigner ce grand intérêt pour unité d’action à ses travaux et à sa politique : les conditions physiques du sol qu’il habite, qui en ont fait le peuple le plus industriel de la terre ; sa situation insulaire, qui lui a fourni par le commerce et la marine les moyens immédiats de répandre ses produits sur tous les marchés du monde ; enfin sa constitution aristocratique. La disproportion des fortunes, la concentration permanente de richesses prodigieuses entre les mains d’un petit nombre de familles, excitent ce besoin d’aisance, cette ambition des richesses, qui inspirent aux Anglais, dans la conquête des biens matériels, tant d’activité et d’audace, qu’un de nos plus illustres écrivains a pu dire qu’ils mettent une sorte d’héroïsme dans la manière dont ils font le commerce. Les circonstances qui leur ont donné les deux plus puissans instrumens de la production des richesses, l’industrie et le commerce, les obligent, à chercher sans cesse des débouchés, à s’ouvrir par la force ceux que la force vent leur fermer, à s’en créer même en improvisant, si l’on peut s’exprimer ainsi, de nouveaux peuples, de nouveaux empires. Les colonies sont en effet le débouché le plus utile et le mieux assuré que puisse avoir une nation productrice. La partie entreprenante de sa population y trouve les moyens d’acquérir rapidement les biens matériels que le sol natal lui refuse ; étroitement unies au peuple qui les a’formées par l’origine, les mœurs, les intérêts, les colonies lui communiquent par mille canaux les fruits de leur prospérité, et si l’on songe que le lien qui les rattache à la mère-patrie est le gage de cette solidarité de fortune, on comprendra que la politique coloniale soit une des branches les plus importantes de la politique anglaise.

Cette politique éprouva sans doute un grand échec lorsque les Anglo-Américains se détachèrent de la métropole. Cependant l’Angleterre ne perdait pas tout dans l’Amérique septentrionale. La nature semble avoir divisé ce vaste continent en deux parties presque égales, dont la ligne de séparation est marquée par ces grandes mers intérieures qui déversent de gradin en gradin leurs eaux surabondantes, et les envoient à l’Océan dans le long et magnifique canal