Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/867

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exclusivement sur le conseil législatif. Il semble que l’on ait regardé l’existence d’une majorité de Français canadiens dans l’assemblée comme une raison suffisante pour maintenir une majorité d’Anglais dans le conseil législatif, car on se départit bientôt du principe adopté d’abord de partager également les nominations entre les Français et les Anglais. Ainsi, presque dès le commencement, le conseil et l’assemblée furent placés dans un état d’antagonisme. »

Lord Glenelg, qui était secrétaire d’état pour les colonies, lorsque, en 1837, les affaires du Canada en vinrent à une crise extrême, et qui certes ne peut être accusé d’indulgence à l’égard des Canadiens, reconnaît d’une manière non moins formelle les torts primitifs du gouvernement anglais : « La constitution de 1791 n’a pas été réellement pratiquée, on peut le dire, dans les premières années. Il eût été très avantageux au peuple canadien qu’elle eût été sincèrement mise à exécution. Mais le gouvernement prit parti pour une race contre l’autre ; il se déclara pour la race anglaise, au lieu de rester dans son rôle naturel de médiateur et d’arbitre. Tous les honneurs, toutes les fonctions lucratives affluaient au même canal, et, pour les Canadiens, les institutions populaires furent ainsi séparées de toute participation à l’administration. »

Les Canadiens, se voyant exclus de l’administration de la colonie, s’habituèrent à regarder avec défiance et jalousie les fonctionnaires dont les intérêts et les sentimens leur étaient hostiles. La chambre d’assemblée voulut regagner, par le contrôle qu’elle pouvait exercer sur l’administration, l’influence que la constitution de 1791 lui avait en apparence départie. Ce fut sur le terrain des intérêts financiers que la lutte s’engagea d’abord. Les revenus de la colonie se divisaient en trois branches : ceux qui étaient votés par la législature canadienne, ceux qui provenaient des droits établis par le gouvernement britannique, et enfin le revenu spécial de la couronne, composé des produits des postes, des anciennes propriétés des jésuites, des droits de quiet et de lods et ventes, des concessions de terres et de forêts. De ces trois branches du revenu, les deux dernières seulement étaient à la disposition de l’administration ; mais, les besoins de la colonie croissant avec sa population et l’étendue de ses établissemens, elles devinrent insuffisantes à couvrir les dépenses. La chambre d’assemblée, saisissant cette occasion de s’emparer du budget de la colonie, offrit au gouvernement anglais de prendre toutes les dépenses coloniales à sa charge. Cette proposition fut repoussée d’abord par l’administration, qui craignait de devenir res-