Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/868

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ponsable de la chambre d’assemblée. Cependant, les dépenses continuant à s’augmenter, et la métropole étant elle-même accablée sous les embarras financiers dans lesquels l’engageait sa lutte avec Napoléon, l’administration coloniale fut contrainte d’accepter l’offre des Canadiens. Pour assurer son indépendance, elle tenta, mais inutilement, d’obtenir que les dépenses du gouvernement fussent votées en bloc, se réservant de fixer elle-même les articles de son budget et la répartition des traitemens. Cette prétention se représenta plusieurs fois et sous diverses formes ; elle fut obstinément et unanimement repoussée par la chambre. Enhardie par ces succès et la justice de ses réclamations, l’assemblée voulut réaliser alors le dessein quelle avait conçu depuis long-temps de rendre les officiers publics responsables. Elle demanda à examiner les comptes du receveur-général de la province : ils lui furent refusés pendant plusieurs années ; enfin, devant la menace du refus du budget, le gouverneur fut obligé de céder. L’examen des comptes du receveur-général signala un déficit de 2,500,000 francs. De si coupables malversations redoublèrent la sévérité de la chambre envers les fonctionnaires et l’affermirent dans sa résolution. Le conflit s’envenima de plus en plus. Le gouverneur-général refusant de laisser voter le budget par articles, la chambre, de son côté, refusa les subsides. Lord Dalhousie ouvrit de sa propre autorité les caisses publiques, et y puisa l’argent dont l’administration avait besoin. Contre un tel abus de pouvoir, la chambre d’assemblée n’avait qu’un recours, celui du parlement anglais, devant lequel elle porta plainte.

M. Huskisson était alors à la tête du département des colonies. Il saisit cette occasion pour signaler à la chambre des communes les vices de la situation du Canada, et proposa de nommer une commission d’enquête. Le rapport de cette commission fut favorable aux, Canadiens : il blâmait énergiquement la conduite partiale de l’administration coloniale, soutenue par le conseil législatif, et voici dans quels termes il reconnaissait la légitimité des prétentions de la chambre d’assemblée sur la question financière : « Votre commission ne saurait terminer ses observations relativement à cette partie de son enquête sans appeler l’attention de la chambre sur ce fait grave, que, dans le cours de ce différend, le gouvernement colonial a jugé convenable de recourir à une mesure que rien ne pourrait justifier, si ce n’est la plus extrême nécessité : nous voulons dire qu’il a disposé de revenus considérables de la province, s’élevant à non moins de trois millions, sans le consentement des représentans du peuple, sous le