Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/940

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ses opinions sur l’indépendance italienne, il regarde aujourd’hui tout effort tenté dans ce but comme un délire ; il le dit, il l’a même écrit, et peut-être aurait-il dû rayer cette phrase du livre où elle se trouve. Il a fait sa soumission à l’ordre établi, et il l’a faite absolue. Il vivait à Milan jadis dans un milieu libéral, il était libéral ; il vit aujourd’hui dans un milieu bien différent, et il est à craindre qu’il ne subisse de plus en plus la contagion des exemples qu’il a sous les yeux. Les ordonnances, les volontés de la cour de Turin, sont pour lui comme autant d’articles de foi ; il les respecte avec un scrupule de dévot. Une publication étrangère à l’Italie lui avait demandé sa collaboration littéraire, il l’avait promise ; niais, ayant appris que cette publication ne circulait pas librement dans les états sardes, il se bêta de retirer sa promesse, ne voulant pas, disait-il, concourir à un recueil non autorisé, et qui pouvait renfermer des choses contraires aux principes de son gouvernement. Telle est la sévérité du régime intellectuel que s’est imposé Pellico, et l’on ne peut expliquer son attitude présente que par la longue persécution qui l’a frappé.

Sa première occupation après les pratiques du culte est la lecture des livres de piété ; il s’en nourrit, il en fait volontiers le sujet de ses conversations, et les plus ascétiques sont ceux qu’il préfère, surtout s’ils sont écrits en français. Son entourage partageant ses idées et ses habitudes, il ne voit que lui pour ainsi dire dans les autres, et s’enfonce chaque jour davantage dans les abîmes sans fond du mysticisme. Ses travaux littéraires ne viennent qu’en seconde ligne, encore ne s’y livre-t-il que sous l’empire de ses préoccupations religieuses. « J’ai souvent besoin, dit-il, de faire des vers pour prier ; ainsi naissent tantôt une ode, tantôt une élégie où je répands mon ame devant Dieu, et c’est assez pour me rendre la sérénité. » Il a renoncé à écrire pour le théâtre et abandonné deux romans historiques qu’il avait commencés. « Je n’étais pas, dit-il encore, à la moitié de l’ouvrage, que mon ardeur s’est ralentie en voyant quelle distance infinie me séparait des chefs-d’œuvre que nous avons en ce genre, surtout des Fiancés de l’inimitable Manzoni… En somme, j’écris beaucoup, mais il est rare que j’achève un travail ; j’écris pour ma propre satisfaction plutôt qu’avec la certitude de produire un livre de quelque valeur. Parfois je prends la plume, et, ne sachant qu’en faire, j’écris ma pauvre vie… »

Nous en avons dit assez, nous l’espérons, pour faire apprécier dans Pellico l’homme et le poète. Au moment de nous résumer et de conclure, nous avons quelque peine à déterminer la place qu’il occupe