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cordeliers. Il en coûte quelque chose pour être enterré en grand seigneur : en 1793, les sans-culottes, croyant avoir affaire à un grand duc, mutilèrent le portrait et détruisirent le tombeau. On retrouva la moitié du portrait, on parvint à sauver ce débris curieux. Après avoir subi les atteintes de la révolution française, les cendres de Callot, retrouvées en 1825, ont été religieusement transportées dans l’église. Callot repose, côte à côte avec les ducs de Lorraine, sous un tombeau en autel surmonté d’une pyramide. Il faut espérer qu’il reposera en paix cette fois jusqu’au jugement dernier.


VI.

L’œuvre de Callot se compose de près de quinze cents planches, en y comprenant celles signées d’Israël. Il faut passer à vol d’oiseau sur presque tous les petits sujets religieux : Callot sans fantaisie n’est plus lui-même. On voit qu’il s’ennuie à ce travail de petite patience. Où il s’épanouit dans tout son luxe, dans tout son éclat, dans toute son originalité, c’est dans la Tentation de saint Antoine, la Foire della madona Imprunetta, les Supplices, le Massacre des Innocens, les Malheurs et Misères de la Guerre, les gueux de toute forme et de toute espèce, depuis le spadassin effronté jusqu’au mendiant en guenilles. C’est dans cette galerie étrange que se peuvent étudier tous les trésors qu’il a prodigués dans l’art de créer en gravant.

Il gravait avec une agilité merveilleuse ; il a plus d’une fois terminé une planche en un jour ; ce n’était souvent qu’un jeu pour sa main féerique et son imagination si riche et si vive. Il lui arrivait, comme dans son Livre des Caprices, dans ses fantaisies et ses grotesques, de laisser aller sa main à l’aventure ; il devisait avec ses amis, jetait un mot plaisant en même temps qu’un trait bizarre, et s’étonnait lui-même d’avoir créé une figure. Et son burin était si fécond en ressources, que, dans ses innombrables créations, il ne se reproduisait jamais. C’était d’ailleurs un artiste sérieux, étudiant sans cesse, plein de son labeur, aimant l’odeur de la lampe. Il avait la passion de créer des gueux, des matamores, des scaramouches, comme d’autres ont celle de jouer ; c’était presque de l’ivresse ; quand il veillait, il disait à ses amis qu’il passait la nuit en famille.

Son génie a divers caractères dignes d’étude ; il est surtout hardi