Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/975

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coups légers ; ses plus beaux tours de force dans les scaramouches, ses plus jolies grimaces dans les gueux nous font sourire du bout des lèvres, un sourire qui flotte, comme il flottait lui-même, entre le naturel et la manière. Son œuvre n’est pas le tableau de la vie, elle n’en est que le carnaval ; ses guenilles ne sont que des déguisemens ; grand nombre de ses personnages sont animés d’une légère ivresse, non pas l’ivresse du vin, mais l’ivresse du jeu, de l’insouciance, de la musique, du pillage, du combat, de la dévotion. Quoique Français, il n’a rien de la profondeur comique de Molière ni de la naïveté charmante de Lafontaine ; quoiqu’il ait été s’inspirer à Rome et à Florence, il n’a rien de la grandeur héroïque du génie italien ; après tout, son carnaval est éblouissant, c’est de la féerie. En même temps, c’est l’histoire de l’antique gaieté italienne, de cette gaieté qui a jeté son premier chant dans l’Arioste, et dont le dernier éclat de rire retentit au XVIIIe siècle dans les pièces de Gozzi. Nul enfin n’a si abondamment que Callot moissonné avec une faucille d’or dans le pays verdoyant de la Fantaisie.


A. HOUSSAYE