Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/982

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de Publicola, comprenant bien, grace à cet esprit de gouvernement que l’église a toujours eu, que les colons ne pouvaient vivre près des barbares que s’ils s’accommodaient à leurs mœurs et à leurs usages. Il visant à la conciliation plutôt qu’à l’extermination, qui est cruelle et impossible. Il savait aussi que dans ce mélange des barbares et des Romains, des païens et des chrétiens, ce n’était pas la barbarie païenne qui l’emporterait sur la civilisation chrétienne. Le christianisme et la civilisation devaient attirer peu à peu les barbares. Tout aidait à ce but. La guerre elle-même et les incursions des tribus tout-à-fait indépendantes sur les terres des Romains n’empêchaient pas les progrès du christianisme. Souvent les prisonniers que faisaient les barbares servaient d’apôtres à leurs vainqueurs ; les esclaves convertissaient les macres. Saint Augustin raconte à ce propos l’histoire d’une femme de Sétif qui fut emmenée captive par les barares, et qui d’abord fut très maltraitée ; mais les trois fils du Maure dont elle était l’esclave étant tombés malades, deux moururent, et leur mère, qui voyait son esclave prier Dieu sans cesse avec une ferveur qui lui adoucissait les tourmens de la servitude, lui demanda, puisque son Dieu était si puissant, de l’implorer pour qu’il sauvât son dernier enfant. La chrétienne se mit en prières, et, l’enfant ayant guéri, toute la famille se convertit.

Voilà donc, au Ve siècle de l’ère chrétienne, la vie des colons qui sont voisins des barbares. Ils vivent avec eux, voyagent sous leur garde, les prennent pour soldats et pour défenseurs, souvent aussi pour ouvriers ou pour messagers, et ils reçoivent sans scrupule les sermens que ceux-ci leur font au nom de leurs faux dieux. Parfois une incursion des Maures indépendans vient troubler ce régime de paix. Alors les champs sont pillés, les femmes et les enfans sont emmenés captifs. Ce sont là les accidens de la vie des colons, accidens qui sont de tous les temps de la domination romaine, des jours d’Auguste comme des jours de Constantin, et qui durèrent tant qu’a duré la possession romaine, parce qu’il y a en Afrique un vieux fonds de barbarie que rien n’a jamais pu dompter. Les Romains, désespé-