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à fraude, car la compagnie sera faible, à oppression, car l’état sera souverain. Or, l’oppression dégrade celui qui l’ordonne autant que celui qui la subit.

Ce cahier des charges, s’il n’est pas modifié par la chambre, le sera, nous en avons la confiance, par l’administration elle-même, qui, après une courte et malheureuse expérience, se trouvera dans la nécessité de renvoyer à la compagnie l’exécution des travaux. Le forfait, en pareil cas, a pour l’état des avantages que M. le ministre des travaux publics reconnaît lui-même, lorsqu’il dit, dans l’exposé de la combinaison adoptée pour la ligne d’Avignon à Marseille : « En accordant la compagnie une subvention égale tout au plus à la dépense qu’il serait obligé de supporter dans l’autre système, l’état s’affranchit de tous les risques attachés à des travaux d’une nature spéciale, de tous les mécomptes qu’engendrent souvent les estimations les plus consciencieuses, et il laisse l’inconnu tout entier à la charge de l’industrie privée. »

Si la combinaison du forfait que l’on adopte pour le chemin d’Avignon à Marseille a de tels avantages, les chambres et le public ont dû se demander pourquoi on ne l’avait pas appliquée aux chemins du Nord. C’était le cas cependant de s’affranchir de ces risques et de ces mécomptes, qui deviennent plus menaçans à proportion que l’entreprise est plus grande, et de laisser l’inconnu tout entier à l’industrie privée. Cela devenait d’autant plus facile que la compagnie avec laquelle M. le ministre des travaux publics a traité pour la ligne anglo-belge demandait à se charger de l’exécution des travaux d’art et de terrassement au prix moyen de 115,000 francs par kilomètre, ou, pour la ligne entière, de 50 millions de francs.

La compagnie n’a pas dû se dissimuler apparemment que cette évaluation serait dépassée, et que les travaux estimés à raison de 115,000 fr. par kilomètre coûteraient peut-être en définitive 130 à 140,00O fr. Toutefois, en supposant qu’elle eût à dépenser, dans le système de l’exécution à forfait, un capital supplémentaire de dix millions, un pareil sacrifice pourrait passer pour un bon calcul. En effet, si le gouvernement construit, la compagnie attendra cinq ans avant que le chemin lui soit livré, et une année de plus ou six ans pour l’exploiter, et pendant tout ce temps, elle perdra l’industrie de ses administrateurs ainsi que l’intérêt, de son argent. Si on lui donne au contraire la construction à forfait, elle sera maîtresse d’achever la ligne entière, les 430 kil., en trois années. Elle aura donc économisé