Page:Revue des Deux Mondes - 1843 - tome 2.djvu/542

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dans cette contrée. Une ligne de postes garnis de dragons établirait assurément l’empire des États-Unis ; mais l’exploitation des ressources du territoire de l’Oregon n’en appartiendrait pas moins à la compagnie anglaise. Le projet émis par M. Linn tend au contraire à lui créer une concurrence formidable qui l’anéantirait avant peu de temps. Il ne s’agirait de rien moins que de concéder dans le territoire de l’Oregon, compris depuis la limite de la Californie jusqu’aux établissemens russes, entre la mer Pacifique et les Montagnes Rocheuses, six cent quarante acres à tout individu mâle âgé de dix-huit ans et au-dessus qui irait s’y établir, à la condition de les cultiver durant cinq années consécutives, sept cents acres s’il est marié, et cent soixante acres pour chacun de ses enfans âgés de moins de dix-huit ans ou qui naîtront durant ces cinq années. Cette loi adoptée pousserait immédiatement dans ce territoire le flot des émigrations qui se porte incessamment vers l’ouest, et les États-Unis remettraient ainsi l’établissement de leur domination à cinquante mille riflemen de l’Ohio, du Missouri ou du Tennesse.

L’importance de la mesure proposée par M. Pendleton s’est effacée devant le bill de M. Linn, qui a rencontré dans les deux chambres du congrès des partisans et des adversaires également passionnés. Ces derniers soutenaient, non sans quelque apparence de raison, que l’adoption immédiate d’une pareille loi violait la clause de la convention de 1818, maintenue dans la convention de 1827, qui pose que tout le territoire de l’Oregon sera libre et ouvert aux citoyens et aux sujets de la Grande-Bretagne, comme aux citoyens des États-Unis, aussi long-temps que l’une des deux parties contractantes n’aura pas prévenu douze mois, à l’avance, qu’elle désire rompre cette convention Le gouvernement des États-Unis peut-il donner force de loi, avant que cette formalité ait été remplie, à une mesure dont l’objet est d’exclure les sujets de l’Angleterre de la plus grande partie du territoire de l’Oregon ?

Oui, reprenaient M. Linn et ses amis, cette mesure viole la convention de 1818 et de 1827 ; mais qui, des États-Unis ou de l’Angleterre, y a le premier porté atteinte ? Cette convention assurait le territoire de l’Oregon aux sujets de la Grande-Bretagne, tout en maintenant les droits des États-Unis. C’était une concession de bonne amitié. Qu’est-il résulté de cette condescendance ? La ligne de démarcation du 49°, abandonnée par faiblesse, a été dépassée ; la compagnie de la baie d’Hudson a pris possession de tout le cours de la Columbia, depuis ses sources jusqu’à son embouchure ; elle a établi sur tous les points importans des postes fortifiés qui commandent