Page:Revue des Deux Mondes - 1843 - tome 2.djvu/945

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un des points de cette ligne, et Londres a près de deux millions d’habitans. D’autres parties de la ville deviennent aussi très populeuses à certaines heures. Ainsi Piccadilly, qui a un mille anglais de long, ou un peu moins d’une demi-lieue, est entièrement plein entre cinq et sept heures, quand on va au parc ou qu’on en revient. Le reste de la ville est moins animé. C’est trop grand. Puis, il y a à Londres beaucoup moins de boutiques qu’à Paris ; on rencontre souvent des rues entières qui n’en ont pas une. Ici, toutes les maisons paraissent ouvertes ; là-bas, hors des quartiers marchands proprement dits, elles sont presque toutes fermées. Les magasins eux-mêmes n’ont pas cet air hospitalier et prévenant qu’ils ont chez nous. On ne rencontre nulle part ces cafés si brillans et si riches qui semblent inviter l’étranger. Quand on est perdu dans les rues immenses de Londres, on ne sait où entrer, pour peu qu’on ne soit pas parfaitement au fait des habitudes du pays, soit pour lire un journal, soit pour se rafraîchir et se reposer un peu. Les tavernes, les coffee-rooms, affectent un air de mystère et de retraite. Ce n’est jamais sur la rue même que s’ouvre la salle où l’on peut s’asseoir ; c’est sur le derrière ou au premier étage, hors de la portée des yeux indiscrets. Ces salles sont d’ailleurs peu commodes et peu ornées. Tout y est pour la nécessité, rien pour l’agrément ou le luxe. Le public proprement dit, ce maître capricieux et exigeant que tout sert en France, est peu estimé en Angleterre. On ne fait rien pour lui qu’à la dérobée et sans beaucoup d’égards. Voyez plutôt cette affiche commune de tous les spectacles : M.*** informe respectueusement la noblesse, la gentry et le public. Le public ne vient qu’en troisième lieu ; la grande noblesse, nobility, et la petite noblesse, gentry, n’en font pas partie.

C’est surtout le soir qu’éclate la différence dans la manière de vivre des deux pays. A l’heure où tout le monde semble sortir de chez soi à Paris, à Londres tout le monde y rentre. Dès le tomber du jour, les trois quarts des boutiques se ferment, le mouvement des quartiers les plus fréquentés s’arrête, on ne rencontre plus dans les rues que des étrangers ou des gens qui ont l’air de n’avoir ni feu ni lieu. Personne ne marche, en Angleterre, que pour ses affaires. Le tableau si vivant de nos boulevards chargés de promeneurs ne s’y retrouve nulle part. Quiconque se promène ne va pas à pied, mais en voiture ou à cheval ; personne d’ailleurs ne songe à se promener le soir, mais avant dîner. C’est avant dîner qu’il faut voir Hyde-Park, avec ses centaines d’équipages à deux ou à quatre chevaux, et ses milliers de cavaliers et de cavalières qui galopent sur le gazon. Tant pis