Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/650

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puissance athée et rêvent, faute de mieux, la suprématie de la cour de Rome ; ils opposent aux limites de l’état l’universalité de l’église ; les seconds s’irritent à l’idée des barrières qui séparent les peuples, et falsifient l’Évangile pour appuyer sur de vagues prédications ce type idéal de la fraternité universelle.

Trop catholique pour ne pas combattre l’état, trop éclairé pour en méconnaître la force, M. Rosmini veut le perfectionner. Suivant lui, la philosophie conduit à la religion. Nous l’avons vu arracher au scepticisme la notion de l’être possible, fonder sur cette idée une nouvelle philosophie, et sur cette philosophie une nouvelle apologie du christianisme. Une fois le christianisme justifié, M. Rosmini cherche à définir ce que doit être le gouvernement de l’humanité par l’église. Suivant lui, les individus sont destinés à contenir les masses, les hommes sans patrie et sans famille doivent diriger toutes les patries et toutes les familles : par conséquent tous les états doivent se soumettre à la suprématie de l’église, qui doit à son tour laisser aux états l’administration de tous les intérêts politiques et matériels. Telle est l’utopie du prêtre tyrolien ; il est nécessaire de s’y arrêter avant d’examiner la situation de l’école rosminienne en présence des partis politiques de l’Italie.

D’après M. Rosmini, jamais la société n’a été plus florissante, jamais aussi elle n’a été plus malheureuse. Tandis que chaque jour voit accroître nos biens matériels, d’incessantes révolutions révèlent les souffrances de toutes les classes. D’où vient cette contradiction ? De l’ignorance profonde des hommes qui gouvernent les états. Les anciens demandaient des lois aux sages, et leurs sociétés étaient fortement organisées ; les modernes ont dédaigné la philosophie, et aujourd’hui le pouvoir est aveugle, la science impuissante. — Nos politiques, continue M. Rosmini, ne songent qu’à la prospérité matérielle ; ils traitent l’homme com.me une chose ; tantôt ils flattent, tantôt ils combattent l’opinion populaire, et, incapables de la diriger, ils sacrifient le bonheur à la richesse, la vertu au succès ; ils n’ont ni force, ni but, ni prévision ; ils ne gouvernent pas, ils sont gouvernés par toutes les éventualités de la guerre, de l’industrie et du commerce. Qu’importent cependant la richesse et la prospérité publiques, qu’importent ces vaines jouissances du citoyen, si l’homme est malheureux, si la société, splendide à la surface, est dévorée au fond par des passions qu’elle ne peut ni contenir ni satisfaire ?

M. Rosmini passe en revue toutes les théories que la politique moderne applique au gouvernement des états. Il demande compte du