Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/973

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autant de liberté, de bien-être, que les poblaciones de Navarre, les républiques de Guipuzcoa et de Biscaye, les plus favorisées en un mot des municipalités espagnoles, en pouvaient avoir, sous l’ancien ordre de choses, par leurs franchises et leurs immunités.

Le programme des réformes est nettement tracé pour l’Espagne ; depuis quatre ans environ, tous les publicistes, tous les écrivains de la Péninsule se sont mis en devoir de les indiquer, et par les lois décrétées naguère, surtout par la loi des ayuntamientos, le gouvernement de Madrid a manifesté clairement l’intention de les réaliser jusqu’au bout. Sous l’ancienne régente, cette loi des ayuntamientos avait soulevé une opposition invincible : il n’y a qu’un moyen de lui concilier les suffrages définitifs de toutes les communes, c’est de procéder à la réorganisation de l’Espagne, non plus par le sommet et à l’aide de théories creuses qui ont déjà traîné dans tous les cours de l’Athénée de Madrid et des lycées de province, dans tous les journaux, dans tous les livres, mais par la base et par les efforts patiens qui relèvent une à une toutes les ruines et cicatrisent toutes les plaies. Rassurées sur l’avenir des intérêts qui les concernent en propre, les diverses parties de l’état seront moins bien venues à contester aux assemblées législatives, dont elles nomment les membres, au pouvoir exécutif, dont ces assemblées règlent et surveillent l’action, à l’autorité centrale enfin, le soin de faire les lois et d’aviser aux mesures que nécessitent les relations avec l’étranger, la levée des impôts, la levée des troupes, la police du royaume, la justice criminelle, les besoins de l’agriculture, de l’industrie, du commerce, toutes les questions d’intérêt général qui peuvent s’élever dans le pays. Les franchises municipales ont pris naissance dans des circonstances qui ne sont plus de notre temps, et dont les derniers vestiges disparaîtront devant un régime auquel il sera tôt ou tard avantageux pour les moindres communes de se conformer.

Ces franchises ont long-temps protégé les communes contre les excès du despotisme et les désordres de l’administration ; chaque fraction de l’état, désespérant du bien-être général, s’arrangeait dans un coin pour souffrir le moins possible des malheurs inséparables de cette impuissance absolue où depuis des siècles le gouvernement était tombé. Les mêmes appréhensions, les mêmes défiances subsisteront-elles encore du moment que la complète réforme de l’administration sera définitivement opérée ? Quand les impôts affectés enfin aux charges, aux dépenses publiques, ne seront plus gaspillés par les exacteurs, quelle commune aura intérêt à ce qu’une assemblée générale ne règle point les finances du royaume tout entier ? Au livre de don Rodriguez Cepeda, qui renferme un si désolant tableau des désordres financiers, nous pouvons opposer un traité sur les finances de la Péninsule, Consideraciones generales sobre la hacienda de España y medio de mejorarla (Considérations sur les finances d’Espagne et les moyens de les améliorer), publié en 1843 dans la Revista de España y del Estranjero, et où don José de la Pena-Aguayo montre combien il serait facile d’assurer les revenus publics, d’assujettir à une contribution régulière et normale tous les produits de la terre et de