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et, en dernier résultat, le défaut de capitaux qui ont précipité sa ruine. Aujourd’hui encore, le privilège subsiste ; mais rien n’annonce que l’on songe à l’exploiter. A la première nouvelle qu’il a reçue de notre expédition contre Tanger, le Danemark a d’ailleurs notifié au sultan qu’il entendait à l’avenir ne plus acquitter le moindre tribut. C’est également le parti qu’a pris la Suède, dont la subvention annuelle avait été fixée en 1763 à vingt mille duros. Peu de temps, il est vrai, avant de tomber sous le coup de pistolet d’Ankastroem, Gustave III avait déclaré qu’il ne voulait plus envoyer l’argent suédois au Maroc. On n’avait pourtant pas osé tout-à-fait rompre avec les barbares ; tous les deux ans, de la mort de Gustave. III à 1803, la cour de Stockholm envoyait à l’empereur des présens considérables. En 1803, la Suède, engagée dans la guerre contre la France, craignit que le sultan ne se portât envers, ses nationaux à des avanies qu’elle ne pourrait ni prévenir ni venger, elle se résigna renouveler le traité de 1763. Chaque année, jusqu’au moment où, de concert avec le Danemark, elle s’est décidée à garder et son argent et ses présens, elle versait dans les caisses de l’empereur vingt mille duros, sans compter quatre ou cinq cents duros consacrés à gagner les bonnes graces du pacha de Tanger. Pour rendre l’humiliation de la Suède plus, manifeste encore, le pacha avait stipulé une condition étrange : c’était en public que le consul suédois acquittait le tribut, au milieu d’une grande fête musulmane, l’Ansara, qui se célèbre en été le même jour que la Saint-Jean, avec laquelle on verra qu’elle a de singulières analogies.

Apres la Suède vint la Toscane, qui n’entama qu’en 1778 de sérieuses négociations avec le Maroc. Le traité qu’à cette époque la Toscane a conclu avec le sultan Sidi-Mobamad est le seul, il faut le dire à l’honneur du grand-duc Léopold, ou une puissance chrétienne se soit, avant le XIXe siècle, préoccupée des intérêts de l’humanité. Indigné que les navires toscans qui venaient trafiquer sur ses côtes ne s’assujettissent envers lui à aucun subside, Sidi-Mohamad en fit capturer deux, et réduisit en esclavage équipages et passagers. Le grand-duc Léopold chargea le fameux Acton d’aller à la tête d’une escadre, non-seulement délivrer les captifs, mais stipuler qu’à l’avenir tous les esclaves chrétiens seraient livrés aux agens consulaires dès que ceux-ci offriraient une rançon. Acton parvint à conclure, son traité, qui n’a pas moins de douze articles ; mais ce sont là des conventions qui, à vrai dire, n’ont jamais reçu la moindre exécution. La Toscan, presque plus d’affaires au Maroc ; c’est du consul danois que se réclament habituellement ceux de ses nationaux qui s’aventurent encore à Tanger, à Tétuan et dans les autres villes de la côte.

C’est aussi avec Sidi-Mohamad que les États-Unis d’Amérique traitèrent dès 1786, néanmoins on ne s’entendit définitivement qu’en 1795, sous le règne de Muley-Soliman, oncle et prédécesseur du sultan actuel. Les États-Unis ne s’obligèrent point au tribut, et cependant leurs présens s’élèvent à une valeur annuelle de 15,000 dollars environ. Les conventions de 1795 devaient durer cinquante années lunaires ; c’est à la fin de 1843 qu’elles ont