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manières, pour quoi que ce soit enfin, la religion exceptée. Ne sait-on pas qu’avant l’invasion arabe, avant que les population de l’Atlas eussent embrassé l’islamisme, les plus hautes vallées, les plus âpres ravines, étaient remplies de tribus professant le judaïsme et qui n’avaient rien de commun, à part le culte, avec les Juifs de Syrie ? Pourquoi donc quelques-unes d’entre elles n’auraient-elles point conservé leurs pratiques religieuses dans un pays où les siècles ne peuvent altérer les moindres traditions de famille ? Si vis-à-vis des Amazirgas purs et des Shilogs elles vivent sur un pied d’égalité complète, si elles ne connaissent point l’abjection que subissent les Juifs venus d’Europe dans les villes de la plaine où la seule différence d’origine a fait de tout temps les parias, n’est-ce pas une preuve que leurs enfans sont frères de race pour les Shilogs et les Amazirgas ?

Nous avons montré l’état d’isolement, sinon même d’hostilité permanente, où vivent à l’égard les unes des autres les populations du Maroc, races primitives, races conquérantes, races proscrites. Dans les lois et les institutions de ce pays est-il une idée, un principe, qui, parvenant enfin à se dégager des excès inséparables du despotisme musulman, puisse un jour rapprocher ces races et enfanter la cohésion vigoureuse par laquelle s’enfantent ou se régénèrent les sociétés politiques ? Non, évidemment, puisqu’après tout ce sont ces institutions et ces lois qui ont déterminé, on va le voir, la dissolution de la société marocaine ; ce sont elles qui chaque jour davantage précipitent la décomposition et rendent plus difficiles les moyens d’y remédier.


IV – GOUVERNEMENT POLITIQUE ET MUNICIPAL. – ORGANISATION MILITAIRE. – FPRCE DE TERRE ET DE MER

L’empereur du Maroc porte deux titres officiels qui définissent exactement son autorité ; il se nomme l’Amir-el-Mumenin, prince des fidèles, ou bien le Califa-el-Haligui, vicaire de Dieu sur la terre ; sa puissance n’est limitée que par le Koran, ou, pour mieux dire, par la capricieuse et arbitraire interprétation qu’il en peut donner. Le sultan marocain n’a point, comme le grand-seigneur de Constantinople, de muphtis ni d’ulémas se réunissant en conseil et se prononçant sur toutes les questions, politiques ou religieuses. C’est par sa volonté absolue que tout se fait et se tranche ; pour mieux imprimer à son peuple le respect et la crainte de son autorité, pour la lui rendre toujours présente, l’empereur maure l’exerce lui-même ostensiblement, à toute heure ; point de ministres qui se placent, entre lui et ses sujets. Parfois cependant il veut bien mander auprès de sa personne deux ou trois de ses innombrables parens, deux ou trois cadis, quelques officiers de sa garde, qui, s’asseyant en rond autour de lui, applaudissent invariablement à tous ses desseins, à toutes ses résolutions. Cette espèce de divan se nomme le mezlès ou le conseil assis ; les courtisans dont il est composé prennent le nom de moka-seni ou sajebi-udina, compagnons ou amis de notre seigneur. L’un d’entre eux remplit les fonctions de wasyr ; mais ces f’onctions, jadis si importantes à la