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mieux dire l’ardeur du négoce, et non plus le fanatisme religieux, qui aujourd’hui les pousse en dehors de ce pays ; ce fanatisme, qui aujourd’hui s’endort, ou, par intervalles, s’agite convulsivement en des superstitions dont à aucune époque les autres sociétés musulmanes n’ont offert le spectacle, nous allons montrer qu’il ne peut plus leur inspirer l’idée des grandes et lointaines entreprises ; ni leur donner la force de les accomplir.


VI – CROYANCES RELIGIEUSES. MOEURS ET COUTUMES. - ARTS ET METIERS. – INSTRUCTION PUBLIQUE

On le sait les musulmans du Maroc se piquent d’être les plus fidèles disciples du prophète ; les Marocains appartiennent à la secte des sunnites, ils n’ont que du mépris et de la haine pour les disciples d’Ali ; mais bien qu’à leurs yeux Turcs, Egyptiens, et jusqu’au Arabes de l’Afrique française, ne soient que des hérétiques, leur croyance religieuse ne diffère pourtant pas essentiellement de celle des autres peuples soumis à l’islamisme. Si donc ils se distinguent de ces derniers, ce n’est point par les dogmes, ni même par l’enseignement moral, mais par un certain nombre de coutumes et de superstitieuses extravagances que nous allons décrire, pour que l’on puisse bien apprécier le fanatisme marocain. Dans chaque province de l’empire, il existe deux familles toutes-puissantes de xherifs ou de saints, qui prétendent remonter en droite ligne, l’une à Mahomet, l’autre à Ismaël ; toutes les deux sont l’objet d’une vénération égale à celle dont jouit le sultan lui-même, et leur maison est pour tous les criminels un lieu d’asile que les officiers de l’empereur se garderaient bien de violer. Dans les contrées montueuses et reculées, ces familles privilégiées ont le monopole des enchantemens et des sortilèges ; à vingt lieues environ de Ceuta, aux portes même de Tétuan, une des villes les plus considérables du Maroc, quelques-unes d’entre elles sont retournées à l’état sauvage, sans rien perdre de leur prestige ni de leur puissance ; on imagine aisément à quels excès les enhardit l’impunité que leur assurent les invincibles préjugés des populations. Aujourd’hui même elles forment des hordes nombreuses, réduite à la vie nomade, parcourant aux cris furieux de Allah ! Allah ! Cités, villages et douairs. La plus dangereuse, la plus barbare de ces tribus porte le nom d’Eisaquas ; elle ne se montre guère qu’une fois par an dans les villes, le jour où se célèbre la Paque de la troisième lune ; mais ce jour-là seulement elle commet plus de cruautés et de violences que n’en pourraient commettre toutes les autres en deux ans. C’est une croyance répandue au Maroc que, pour se rendre le ciel favorable, il est absolument nécessaire d’offrir aux Eisaquas des festins magnifiques ; les Eisaquas préludent aux banquets en s’enivrant avec un philtre composé d’herbes sauvages qui bientôt leur enlève jusqu’aux moindres sentimens humains. Le repas achevé, ils se répandent par les rues et les places publiques, renversant, égorgeant tout ce qui se rencontre sur leur passage, hommes, femmes, enfans, animaux, et contrefaisant, au moment