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La paresse, d’ailleurs, a toujours été un des grands vices de cette population ardente au plaisir : sous les tropiques, la vie est facile ; l’homme vit de si peu, que le travail le rebute, parce qu’il n’en sent pas l’utilité absolue. C’est pour charmer ses loisirs que le Dârforien se livre à la danse, aux jeux bruyans ; il a aussi les rêves de la magie qui l’occupent et tiennent en éveil son imagination trop oisive. La croyance aux sorciers se trouve si généralement répandue au Dârfour, que le sage Mohammed a fini par l’adopter lui-même. Cet homme instruit, qui lisait le Coran à sept ans comme un moullâh, déclare connaître les racines et les herbes qui ont la propriété de faire réussir en affaires d’amour, celles au moyen desquelles on s’attire les bonnes graces des protecteurs dont on a besoin. D’autres végétaux s’emploient pour faire périr un ennemi ; il y a telle drogue qui procure une léthargie prolongée à tous les habitans d’une maison, et laisse aux voleurs le temps de piller. Notre voyageur a consulté, sur ces sciences occultes, un savant du pays, et le savant lui a répondu : « Les livres envoyés de Dieu aux prophètes Adam, Seth, Abraham, ont été enfouis en terre, et Dieu a fait pousser ces plantes aux lieux où les livres saints se trouvaient cachés. Puis le souffle des vents a répandu au loin les semences de ces plantes… L’expérience a fait découvrir les vertus étranges qui leur avaient été communiquées par l’esprit divin que renfermaient ces antiques écrits. » Telle est la curieuse explication que nous devons à un très habile musulman, versé dans les sciences arabes ! Après l’avoir donnée fort sérieusement, Mohammed-el-Tounsy rapporte un fait surprenant qui lui fut raconté par un fakyh de sa connaissance. Un magicien du nom de Toumourrou, né au pays des Foullans, qui sont les plus grands sorciers de tout le Soudan, voyageait au désert par un ardent soleil ; il prend son manteau, l’étale devant lui, le replie en le plaçant sur ses genoux, se met à prononcer dessus des paroles magiques (peut-être quelque chose comme Sésame, ouvre-toi !), puis il le lance en l’air, et voilà que le manteau, se déployant de lui-même, reste étendu comme un parasol. Celui qui raconte cette histoire voyageait à côté de Toumourrou ; il a donc tout vu. La marche continue ; le soleil se couvre, un orage éclate ; alors Toumourrou, jetant en l’air une poignée de sable, sépare si bien la nuée par ce seul geste, que son chameau passe, sans recevoir une goutte d’eau, entre deux torrens de pluie. Les compatriotes de Toumourrou ont souvent été battus par leurs voisins, les Macâlyks, ajoute le conteur, mais ils ont toujours fini par repousser leurs ennemis au moyen de charmes et de sortilèges. Tout en fuyant, ils faisaient