Page:Revue des Deux Mondes - 1846 - tome 16.djvu/149

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C’est ainsi qu’après seize ans de controverse, le gouvernement, les hommes politiques, disons mieux, le pays tout entier, sans distinction de parti, en est arrivé à un état d’indécision qui touche au découragement.

Si l’on veut saisir vivement les esprits, si l’on veut entraîner les hommes énergiques et hasardeux, les seuls sur lesquels on puisse compter, soit comme capitalistes, soit comme agens de travail, il faut traduire les théories par des chiffres et présenter l’œuvre de la colonisation africaine par le côté pratique et commercial. Nous savons que ce procédé est difficilement applicable quand il s’agit d’unie colonisation agricole, c’est-à-dire de la plus chanceuse de toutes les spéculations. La rente de la terre dépend bien moins de sa fécondité naturelle que des circonstances économiques dans lesquelles le cultivateur se trouve placé. Le prix de la main-d’œuvre, la facilité des transports, les débouchés plus ou moins avantageux, donnent la mesure du produit net. Or, dira-t-on, en Algérie, où tout est encore à créer, les bases manqueraient au calcul pour établir par évaluation le bilan d’une entreprise agricole. Nous répondrons à cette objection en rappelant ce qui se passe ordinairement dans la grande industrie. Que fait, par exemple, le spéculateur qui veut créer un chemin de fer ? Le tracé d’une ligne étant conçu, il dresse la statistique des départemens que cette ligne doit desservir, il constate les chiffres de population, l’importance commerciale des villes, le mouvement de circulation déjà établi, l’accroissement. qu’il est raisonnable d’espérer : au moyen de ces élémens, il suppute, en maximum et en minimum, les recettes probables de l’entreprise, non pas à son début, mais à l’époque où elle aura conquis toute sa clientelle. C’est d’après cette estimation du revenu, comparée aux frais d’établissement et de mise en train jusqu’au jour où le service sera en pleine activité, qu’il entrevoit si l’affaire est suffisamment attrayante, et dans quelle mesure elle autorise un appel de fonds aux capitalistes. Tel est, ce nous semble, le procédé à suivre pour provoquer l’exploitation agricole de l’Algérie. La culture des terres a été paralysée parce que le capital a fait défaut ; les capitalistes ne se sont pas présentés parce qu’un pays inculte, et dont les ressources sont encore problématiques, ne leur inspirait qu’une médiocre confiance. Brisons enfin ce cercle vicieux, et plaçons-nous hardiment dans l’hypothèse contraire. Supposons que le capital, abondamment répandu sur le sol algérien, y a attiré des ouvriers nombreux, et demandons-nous si les produits obtenus seront assez riches pour récompenser généreusement ceux qui coopéreront à l’œuvre africaine par leur argent, par leur intelligence ou par leurs bras. Au lieu de chercher une organisation, abstraction faite du résultat commercial, commençons par constater le revenu possible d’une manière abstraite, afin de voir ensuite quelle organisation ce revenu pourra solder. Ramené à