Page:Revue des Deux Mondes - 1846 - tome 16.djvu/154

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sous un soleil ardent, alors les résultats tiennent du prodige. « Si 2 de chaleur multipliés par 2 d’eau donnent 4 de produit, 4 de chaleur multipliés par 4 d’eau en donnent 16. » D’après ce principe formulé par M. de Gasparin et accepté par tous les agronomes, on conçoit que l’arrosage puisse décupler et même, en certains cas, centupler la valeur du sol dans les pays très chauds. Nous ne rappellerons pas le haut prix des terres arrosées dans le Milanais et dans les belles plaines du royaume de Valence. Nous ne citerons pour exemple que notre Algérie, où déjà les terres situées à proximité des villes et soumises à un système d’irrigation proportionné à la puissance du soleil ont acquis un prix excessif. « Aux environs d’Alger, dit M. Moll, et notamment dans la plaine du Hammah, quoique l’arrosage ne s’y fasse en majeure partie qu’au moyen de norias très défectueuses, cette seule circonstance que l’eau n’est qu’à quelques mètres de la surface suffit pour que l’hectare se loue 1,000 fr. et plus. » D’autres documens confirment que, dans un rayon assez étendu autour d’Alger, d’Oran et de Bone, la location de l’hectare a été poussée jusqu’à 1,600 francs.

Les Maures et les Kabiles sont les seuls qui pratiquent aujourd’hui l’arrosage : ils procèdent soit par submersion en barrant les cours d’eau, soit par infiltration en dirigeant un grand nombre de rigoles à travers le sol qu’ils veulent détremper. Si leurs moyens sont grossiers, c’est qu’il ne leur est pas permis de mieux faire. Un peuple sans gouvernement ne confie pas de grands capitaux à la terre : il lui suffit de vivre au jour le jour. Les indigènes savent néanmoins apprécier les bienfaits de l’irrigation. Lorsqu’en 1844, le génie militaire entreprit le barrage du Sig par ordre de M. le maréchal Bugeaud, on vit les tribus du voisinage protéger nos ouvriers et se présenter spontanément pour le transport des matériaux. Achevé aujourd’hui, ce grand travail subsistera comme un monument impérissable de la puissance et de la libéralité française. Une large mitraille, toute en pierres de taille liées par un ciment de pouzzolane factice, oppose à un courant impétueux une digue de 9 mètres en épaisseur sur un prolongement de 44 mètres. Encaissée entre deux berges abruptes, la rivière du Sig forme ainsi un bassin dont les eaux sont élevées à une hauteur suffisante pour fournir d’avril en septembre 3 mètres cubes d’eau par seconde, et arroser 15,000 hectares de terre. De tels résultats sont des victoires dont les bulletins mériteraient d’être plus connus, plus admirés par la France. On a dit avec raison que notre conquête, commencée par le sabre, ne serait achevée qu’avec la sonde ; c’est qu’en effet le sabre ne nous a donné que des déserts : les travaux qui feront jaillir l’eau sur ces terres brûlées leur donneront une force de production dont les laboureurs de nos meilleurs départemens français ne se font pas même une idée.

M. Moll a consacré une partie très considérable de son livre aux opérations