Page:Revue des Deux Mondes - 1846 - tome 16.djvu/155

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


hydrauliques. Selon lui, l’irrigation du sol algérien ne présenterait pas de grandes difficultés. La nature des eaux semble en général favorable. Les eaux saumâtres que l’on trouve assez souvent quand on creuse le sol à trois ou quatre mètres de profondeur, et qui, dans les terrains abaissés, forment ces lacs salés indiqués sur nos cartes par les noms de sebkha et de schott, ne deviennent une cause de stérilité que lorsqu’elles sont stagnantes. Au contraire, les ruisseaux salés présentent sur leurs bords une végétation si riche, que M. Moll incline à croire, contre l’opinion commune, que le sel est pour l’Algérie un élément de richesse. Les eaux qui proviennent des marais ne lui paraissent pas devoir être contraires à la végétation, et, quant à celles que l’on pourrait obtenir par des sondages, il serait facile d’en corriger la crudité en les exposant pendant quelque temps au contact de l’air. Dans la petite et la moyenne culture, diverses espèces de barrages d’une exécution facile et peu dispendieuse formeraient des réservoirs naturels pour l’alimentation des canaux d’arrosage pendant les sécheresses. Dans les grandes exploitations, les réservoirs, construits avec des matériaux durables, devront être servis par les moteurs puissans qui obéissent au génie européen. A la noria des Arabes, au grossier manège de nos paysans, on substituera des machines à vapeur, qui, suivant les essais faits en Provence, peuvent fournir pour 20 francs le volume d’eau nécessaire à l’arrosement d’un hectare pendant toute la saison, tandis que, dans le midi, de la France et dans le Piémont, la même quantité se paierait le double. Les difficultés de l’irrigation seront encore simplifiées, si, comme une invention récente le fait espérer, on obtient promptement et à peu de frais des eaux jaillissantes par le forage des puits artésiens. Un temps viendra où un large système de travaux hydrauliques appliqué à l’agriculture sera entrepris par le gouvernement, comme œuvre d’utilité publique. En attendant, il faut que les colons se persuadent qu’ils peuvent obtenir de très beaux résultats en utilisant les ressources qui se trouvent naturellement à leur portée. Un arrosage incomplet, suspendu en été par le dessèchement des sources et des torrens, solderait déjà richement les frais qu’il aurait occasionnés. « Avec cette irrigation, dit M. Moll, on aura deux coupes de foin, et trois ou quatre de luzerne au lieu d’une : on pourra retarder la plantation ou la semaille, et, partant, la récolte de beaucoup de plantes, ce qui augmentera le produit. » On le voit par cet exemple, donner la terre aux immigrans, c’est leur donner peu de chose ; leur procurer l’eau, c’est assurer leur fortune.

Au début de la conquête, l’Algérie n’apparut aux imaginations françaises qu’à travers les souvenirs de l’éducation classique. On se réjouit de posséder cette Afrique qui avait été l’un des principaux greniers du monde romain, et l’on ne douta pas que la culture des céréales ne devînt une source abondante de richesses. Cette illusion fut fatale aux