Page:Revue des Deux Mondes - 1846 - tome 16.djvu/160

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dans l’intérêt de la colonie naissante. Exploitant elle-même avec l’aide des troupes une certaine partie du domaine, profitant d’ailleurs des offres faites par les indigènes, l’administration militaire a dicté le prix de 7 fr. 50 cent. La prime réclamée par nos colons n’est évidemment qu’une indemnité temporaire. Faut-il s’étonner qu’ils ne puissent pas encore soutenir la double concurrence de l’intérieur et de l’extérieur ? Les travaux n’ont pas encore été organisés ; non-seulement la main-d’œuvre est très chère, mais nos laboureurs, appliquant à l’Algérie la pratique française, emploient cinq à six ouvriers pour la fenaison, lorsque, suivant M. Moll, un seul devrait suffire. Enfin la cherté et la difficulté extrême des transports élèvent considérablement le prix d’une marchandise très volumineuse ; mais, nous le répétons, ce surcroît de dépense n’est qu’un accident qui doit cesser par le fait d’une intelligente colonisation. Déjà, malgré tous les obstacles, les fourrages récoltés par les Européens représentent une valeur de 2,500,000 fr. [1]. Qu’on suppose un sol convenablement arrosé, des bras toujours disponibles à des conditions équitables, des communications sûres et peu coûteuses, et on comprendra que les prairies algériennes deviendront, comme dans toutes les bonnes fermes, la base du revenu. En France, le produit brut d’un hectare de pré est évalué en moyenne à 110 fr. Dans les départemens riches, l’hectare, estimé à 4 ou 5,000 fr., doit payer l’intérêt de cette somme, indépendamment de l’impôt et de la main-d’œuvre. Si ce genre d’exploitation est considéré comme très profitable, pourquoi n’en serait-il pas de même en Algérie, où la terre, beaucoup plus féconde, ne coûte presque rien, où les prix de vente sont à peu près ceux de la métropole ?

Nous ne nous arrêterons pas à examiner présentement si la culture des plantes commerciales est possible, si elle doit être profitable au début de la colonisation. Soutenir, d’une part, que la France africaine ne peut prospérer que par les produits de grand commerce, et démontrer, d’autre part, que ces produits ne pourront être obtenus que lorsque la population coloniale sera nombreuse et bien assise, c’est enfermer la discussion dans ce cercle vicieux où elle a été si long-temps impuissante. Il s’agit ici seulement, nous le répétons, de constater les ressources du sol africain d’une manière absolue. Nous savons que les plantes employées dans les manufactures exigent beaucoup d’engrais, des connaissances spéciales, une manipulation régulière et quelquefois compliquée, un courant d’exportation bien établi, et que par conséquent

  1. La production des fourrages est évaluée sur les bases suivantes (1845) : foins récoltés par l’armée, 373,717 fr. ; achetés par l’armée aux colons européens, 1,652,828 fr. ; réserve des Européens pour la consommation de leurs fermes, 479,171 fr. Les indigènes ont en outre mis en vente, dans les divers marchés de la colonie, 86,898 quintaux métriques, qui, au prix de 7 fr. 50 cent., représenteraient 651,720 francs.