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UN AUTRE AMI.

Elle tend les bras à son fils, c’est à peine si elle peut se tenir debout ; elle chancelle…

UN AMI.

Mais pour la soutenir donnons-lui le bras, car elle va s’évanouir.

LE CURÉ.

George-Stanislas, renonces-tu à Satan, à ses pompes et à ses œuvres ?

LE PARRAIN ET LA MARRAINE.

J’y renonce.

UN AMI.

Silence ; écoutez ce que va dire la mère.

LA FEMME, posant la main sur la tête de son enfant.

Où est ton père, George, mon enfant ?

LE CURÉ.

Laissez-nous achever la cérémonie.

LA FEMME.

Je te bénis, George, je te bénis, mon enfant. Sois poète pour que ton père puisse t’aimer, et qu’un jour il ne te repousse pas !

LA MARRAINE.

Ma chère Marie, que dites-vous donc ?

LA FEMME.

Tu mériteras ainsi l’amour de ton père, et alors peut-être pardonnera-t-il à sa mère.

LE CURÉ.

Mais c’est scandaleux ! madame la comtesse…

LA FEMME.

Si tu n’es pas poète, je te maudirai. (Elle s’évanouit. — On l’emporte.)

LES AMI, tous ensemble.

Il s’est passé quelque chose d’extraordinaire dans cette maison ; sortons, sortons.

(Pendant ce temps, la cérémonie se termine. — On remet l’enfant dans son berceau.)

LE PARRAIN, debout devant le berceau.

George-Stanislas, dès ce moment tu appartiens à la communauté chrétienne, à la société humaine ; plus tard, tu deviendras citoyen, et, avec l’aide de Dieu et de tes parens, magistrat dans ton pays. Il faut aimer sa patrie ; il est beau de mourir pour sa patrie. (Tout le monde sort.)

Contrées magnifiques. — Collines et forêts. — Montagnes dans le lointain.
LE MARI.

Voilà bien tout ce que j’ai rêvé, tout ce que je désirais, et pour tout cela j’ai prié pendant de longues années, et déjà je touche à mon but. Ce monde grossier et prosaïque, je l’ai déjà laissé loin derrière moi. Que chacun de ces insectes infimes et misérables s’amuse de sa proie, et qu’il périsse de regret ou de rage quand elle lui échappe… que m’importe !

LA VOIX DU FANTOME.

Viens par ici, viens… (Il se montre et disparaît.)