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Montagnes et précipices au bord de la mer. — Nuages amoncelés. — Tempête.
LE MARI.

Qu’est-elle devenue ? où est-elle maintenant ?… Les parfums des fleurs, les senteurs du matin ont disparu ; le ciel s’est assombri. Me voici seul sur le sommet de cette montagne… un précipice est à mes pieds… les vents soufflent à faire peur.

VOIX DU FANTOME dans le lointain.

A moi, mon bien-aimé ! à moi !

LE MARI.

Mais tu es déjà si loin… et jamais je ne pourrai franchir ce précipice.

UNE VOIX plus rapprochée.

Où sont tes ailes ?…

LE MARI.

Esprit mauvais qui ricanes et te moques, je te méprise !

UNE AUTRE VOIX.

Quoi ! ton ame, qui est immortelle et qui d’un seul élan peut s’élever jusqu’au ciel, ne saurait traverser cet abîme ! Tes pieds n’osent s’avancer plus loin ! Tu trembles, toi si fort, si courageux !

LE MARI.

Montrez-vous donc à moi ; prenez un corps, une forme que je puisse briser, et si j’ai peur, eh bien ! alors, que je ne la possède jamais, celle que j’aime !

LE FANTOME, de l’autre côté du précipice.

Suspends-toi à ma main, elle te guidera.

LE MARI.

Que vois-je ? les fleurs se détachent de ta tête et tombent par terre ; puis à peine sont-elles tombées qu’elles courent comme des lézards ou rampent semblables à des vipères !

LE FANTOME.

Viens, mon bien-aimé !

LE MARI.

Grand Dieu ! le vent arrache ta robe et la déchire par lambeaux !

LE FANTOME.

Mais viens ! que tardes-tu ?

LE MARI.

La pluie ruisselle de tes cheveux, tes os percent ton sein et se montrent à nu.

LE FANTOME.

Tu as promis, tu as juré d’être à moi !

LE MARI.

Un éclair vient d’éteindre ses yeux.

CHOEUR DES MAUVAIS ESPRITS.

Allons, vieille damnée ! retourne aux enfers. Ta tâche est accomplie ; tu as trompé un cœur grand et fier, étonnement des hommes et de lui-même. — Et toi, suis celle que tu as aimée.

LE MARI.

Mon Dieu ! me damnerais-tu pour avoir aimé cette beauté idéale qui surpasse