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Riza-Pacha n’était pas, comme on l’a trop dit, un ennemi décidé des réformes il était seulement plus engagé qu’il ne l’eût fallu dans les mauvaises habitudes administratives de l’Orient, et, quand il siégeait au divan, il n’avait pas assez pris soin de se faire connaître et accepter de l’Europe ; mais tout le monde s’accorde à lui reconnaître un jugement politique, une fermeté de caractère, une sûreté de vues qui ne se trouvent peut-être pas au même degré chez Reschid-Pacha lui-même. Ces deux hommes éminens se compléteront l’un l’autre, et le service du sultan profitera de leur bonne intelligence. Abdul-Medgid a maintenant vingt-quatre ans ; sa santé est tout-à-fait améliorée, il prend le goût du pouvoir et des affaires, il peut dominer la situation et contenir en même temps qu’utiliser ses ministres. Quand, il y a quinze mois, il remplaça Riza-Pacha, ce ne fut point pour le briser à jamais, ce fut pour le réduire au rang d’un serviteur ordinaire et grandir sa propre autorité de toute celle qu’il enlevait à l’ancien favori ; aujourd’hui qu’il l’a rappelé en l’associant à Reschid-Pacha, malgré les rancunes et les intrigues secrètes, il prouve ainsi qu’il ne consent point à subir de direction exclusive, et le surcroît de dignité qu’il confère à Reschid-Pacha pour diminuer l’autorité de Riza montre seulement le prix qu’il attache aux bonnes relations de la Porte avec l’Occident. Il semble en vérité que cette association nouvelle soit le dernier mot de la politique que puissent conseiller à la Turquie ses amis les plus sages : rapprochement progressif vers l’Europe civilisée sans altération violente du caractère national ; exercice intelligent et ferme des droits de l’empire ottoman, sauf à tenir toujours compte des droits et des forces des autres puissances.




REVUE SCIENTIFIQUE.


Une découverte astronomique des plus intéressantes vient d’exciter vivement l’attention des savans et du public. Les lecteurs de la Revue ont déjà entendu parler des calculs entrepris par M. Le Verrier dans la vue d’expliquer les irrégularités que présente le mouvement d’Uranus. Ces calculs avaient porté le savant astronome à déclarer qu’une nouvelle planète située au-delà d’Uranus pouvait seule donner lieu à de pareilles irrégularités. Poursuivant avec ardeur son travail, M. Le Verrier n’a pas tardé à faire connaître la position que, suivant lui, devait occuper dans le ciel cet astre inconnu. Cette heureuse hardiesse a été couronnée du plus brillant succès. A peine informé d’une telle annonce, un astronome de Berlin, M. Galle, a découvert sans hésitation la planète à la place que M. Le Verrier lui avait assignée. Ce résultat a frappé l’imagination du public, et les gens du monde se demandent comment il a été possible, à une distance si prodigieuse, de constater l’existence d’un astre qu’aucun observateur n’avait