Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/1059

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d’aucun état ecclésiastique. L’évêché de Bâle fut adjugé au canton de Berne, comme une sorte de compensation pour les restitutions qu’on lui refusait. Ce fut une faute considérable. En introduisant un élément catholique et roman dans une république toute protestante et germanique, on détruisait l’unité ecclésiastique et morale de l’ancien territoire et on plaçait le nouveau dans une situation d’infériorité gênante. On commit une autre faute en laissant à l’état, d’ailleurs tout catholique, de Fribourg le district protestant de Morat, dont la population désirait se réunir au pays de Berne. Les cantons mixtes et nouveaux d’Argovie, Saint-Gall et Thurgovie furent conservés tels que les avait reconnus l’acte de médiation.

Nous venons de parler de sénats aristocratiques : c’est qu’en effet, depuis le commencement de 1814, des révolutions intérieures avaient fait prévaloir derechef, dans plusieurs états, un principe abattu en 1798 et abandonné en 1804. La chute de l’empire avait déterminé une réaction à laquelle cédèrent entièrement les populations de Berne et de Fribourg, moins complètement celles de Lucerne et de Soleure, et dont les effets, quoique mitigés par un esprit différent, furent également ressentis à Neufchâtel, Genève, Bâle, Zurich, Schaffouse, Coire, Sion et même, quant aux charges municipales, à Saint-Gall. Les anciens patriciats n’avaient pas considérablement souffert dans leurs fortunes héréditaires, et conservaient, avec le désir sincère de servir leur patrie, la ferme conviction de leur aptitude à la gouverner ; ces corps, partout honorables et dans quelques lieux fort éclairés, rentrèrent en masse aux affaires. Leur action fut exclusive à Fribourg, prépondérante à Berne, Soleure et Lucerne, indirecte et limitée à Zurich, Schaffouse et Genève ; cachée, à Bâle, derrière l’organisation inflexible du municipe ; associée, chez les Grisons, aux traditions vivantes de l’ancienne féodalité ; subordonnée, dans le pays de Neufchâtel, au gouverneur envoyé par la couronne ; protégée, dans le Valais, par le pouvoir épiscopal ; encouragée, dans les cantons forestiers, par les souvenirs reconnaissans du peuple. Les seuls états dont l’esprit demeura vraiment démocratique furent ceux de création nouvelle : Vaud, Thurgovie, Saint-Gall, Argovie, Tessin, et trois des anciens petits cantons, dans lesquels il n’existait point de familles prépondérantes : Zug, Glaris, Appenzell. Toutefois ces derniers états, faibles et séquestrés, ne pouvaient soutenir avec quelque vigueur un principe auquel le mouvement général des idées en Europe avait cessé d’être favorable. Ce fut donc seulement à Lausanne, Aarau et Saint-Gall [1], que la démocratie put continuer à s’appuyer sur la tribune ; la presse se mit à la servir avec un zèle infatigable à Genève,

  1. L’influence aristocratique des familles patriciennes de Saint-Gall, ne s’étendant point hors de la ville, ne modifiait pas d’une manière très sensible l’esprit démocratique du canton.