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de ces laves, la surface du sol était horizontale, et que par conséquent les matières fondues pouvaient s’épancher librement en tout sens.

Dans ce qui précède, nous n’avons tenu compte que des matières liquéfiées qui sont entrées dans la composition des parois du Val del Bove. L’examen des couches formées par des cendres et des scories nous conduirait au même résultat. Si, au mordent de leur émission, ces fragmens lancés dans les airs par une bouche unique, à la manière des lapilli modernes, étaient retombés sur des plans inclinés et accidentés, ils se seraient nécessairement comportés comme une masse de sable et moellons qu’on renverserait le long d’un escalier. Ils auraient régularisé les talus en s’accumulant sur les points les moins déclives, en ne couvrant les pentes les plus rapides que d’une couche très mince. C’est là un fait que nous voyons se reproduire à chaque éruption sur les cônes parasites et sur les talus latéraux. Or, ces fragmens conservent dans leur stratification ce parallélisme caractéristique dont nous avons parlé, parallélisme qui s’explique seulement en supposant qu’ils ont été répartis d’une manière uniforme sur elles surfaces au moins à très peu près horizontales.

Ainsi, en examinant les profils de l’Etna, nous avons vu les pentes régulières du cône terminal et des talus latéraux brusquement interrompues par celles de la gibbosité centrale dont le Val del Bove n’est qu’une portion. Nous en avons conclu que cette gibbosité ne pouvait être formée par le même procédé qui a donné naissance au cône et aux talus latéraux. L’étude des coulées nous conduit à la même conclusion. De plus, cette étude nous apprend que les assises du Val del Bove ont dû se solidifier sur un terrain horizontal. Pour expliquer comment une montagne de dix mille pieds de hauteur a pris ici la place d’une plaine, et coin ment nous rencontrons jusqu’au Piano del Lago ces mêmes couches qui viennent plonger sous les campagnes de Milo, il faut bien admettre qu’une force quelconque a soulevé cette portion de la croûte terrestre. Telle est en effet la conséquence à laquelle arrive M. de Beaumont. Pour lui, la gibbosité centrale est le noyau primitif de l’Etna, et ce noyau s’est formé par soulèvement[1].

Nous pouvons maintenant nous faire une idée assez complète des phénomènes successifs qui ont donné à l’Etna sa forme et ses proportions actuelles. La place où s’élève aujourd’hui la gibbosité centrale a été primitivement une plaine à peu près horizontale dont le sol, fendu par

  1. On comprend que, dans l’exposé succinct des faits qui justifient cette conclusion, nous nous sommes borné aux plus saillans. Nous engageons ceux de nos lecteurs qui pourraient conserver des doutes à consulter le mémoire original de M. Élie de Beaumont. Les cartes, les dessins qui accompagnent le texte, lèveront bien des objections. Nous les engageons surtout à étudier le plan en relief dressé par ce géologue, et dont un exemplaire est exposé dans les collections de l’école des mines.