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direction. Ralliés enfin au centre des montagnes, où ils formèrent une nation, ils parurent tels que nous les voyons aujourd’hui, limités au sud par l’Inde, à l’est par la Chine, à l’ouest par le Cachemire, au nord par le pays de Khoukhounoor, qui habitent les Kalmouks et les Mongols. Ce sont là véritablement les sujets du lama, les Thibétains, dont nous essaierons de retracer l’histoire, d’examiner la langue et la religion.

La tradition qui fait venir les Thibétains de la Chine n’a rien d’inadmissible ; sans faire de ces peuples une horde de Tartares proprement dite, elle les montrerait sortant du sein des tribus errantes que l’empire chinois, en se développant, dispersa et poussa au-delà de ses frontières. Pendant le règne des dynasties Hia et Tchéou, — de 2197 à 248 avant notre ère, — les Thibétains s’efforcèrent plus d’une fois de rentrer dans l’empire qui les avait refoulés : les provinces occidentales de la Chine eurent à souffrir les incursions de ces voisins turbulens, désignés dans les anciennes chroniques sous le nom de Barbares de l’ouest ; leur pays était appelé la Région des Démons. Il n’y avait donc guère que des rapports hostiles entre les peuplades redoutées qui habitaient les montagnes et les colons établis dans la plaine du milieu, dans ce champ par excellence où fourmilla bientôt une population organisée en société. Aussi, tandis que la Chine, réunissant avec respect les souvenirs du passé, s’avançait à travers les siècles à la clarté de ses institutions, les tribus environnantes, à peine mêlées par hasard à son mouvement, restaient dans l’ombre.

Cette période ténébreuse dura long-temps pour les Thibétains ; ce que nous apprennent d’eux les annales chinoises depuis leur retraite dans les montagnes jusqu’au Ve siècle de notre ère est assez confus et offre peu d’intérêt. On les voit changer de nom, c’est-à-dire que, la puissance passant d’une horde à l’autre, la dénomination de Kiang, qui était commune à l’ensemble de la nation, fait place à celle de Tubet, mot d’origine turque, dit-on, et que l’on retrouve dans celui de Tou-fan, transcrit tant bien que mal par les Chinois. Tantôt armés les uns contre les autres, tantôt mêlés aux querelles des Tartares, leurs voisins, ils ne prirent point part au mouvement qui agita, vers le IIe siècle, les habitans de l’Asie centrale, et par suite duquel des millions d’hommes, se déplaçant, se foulant les uns les autres comme les flots d’une mer orageuse, commencèrent leurs migrations. Séparés en quelque sorte du reste du monde, retranchés derrière les neiges et les glaciers, les Tou-fan résistèrent au choc des masses errantes qui passaient à leurs pieds. Au lieu d’aller au-devant des destinées inconnues qui entraînaient bien loin les populations turbulentes pressées entre la Chine et les glaces du pôle, ils semblaient attendre que quelque souffle montant vers eux les animât à leur tour. Enfin ce peuple échoué fut remis à flot ; les premières migrations avaient jeté les familles indo-germaniques