Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/404

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ont péri, mais il faut si peu de chose aux indigènes pour vivre qu’ils auront bien vite du superflu. Si l’armée est considérablement réduite, si la population civile ne s’accroît que très lentement, deux faits qui me paraissent inévitables, je ne doute pas que la production indigène ne soit dès aujourd’hui en état de nourrir toute la population algérienne, et que l’exportation ne puisse recommencer.

Du temps des Turcs, les débouchés manquaient à l’Algérie ; ces débouchés lui sont maintenant assurés, d’abord par la population européenne qui est venue s’établir sur son sol et qui consomme beaucoup, ensuite par les communications régulières organisées entre tous les points de son territoire et l’Europe. Dès que l’exhaussement extraordinaire du prix de toutes les denrées en Afrique, dû à des circonstances exceptionnelles, comme la guerre, l’augmentation rapide de l’armée et de la population civile, l’imperfection des moyens de transport, aura fait place au taux naturel, l’Europe pourra avoir beaucoup de demandes à faire à l’Afrique. La population indigène, excitée à produire, produira davantage et mieux ; quelle que soit l’inertie naturelle de cette population, la soif du gain est toute-puissante chez elle et peut la pousser à bien des efforts. On a beaucoup parlé du fanatisme de l’Arabe ; son plus grand fanatisme est celui de l’argent.

Je ne sache pas d’ailleurs de plus puissante garantie de paix que cette satisfaction donnée aux Arabes. Un commerce lucratif vaut mieux pour les contenir qu’une armée. Déjà ils reconnaissent la supériorité de nos armes, déjà aussi ils disent hautement que notre administration est très supérieure à celle des Turcs, que nous sommes plus justes, plus humains, moins oppresseurs et moins avides ; les plus intelligens d’entre eux vont jusqu’à avouer que nous pouvons leur être nécessaires pour maintenir l’ordre, pour empêcher ces guerres éternelles de tribu à tribu, ces pillages réciproques, ces brigandages héréditaires, qui ont mis leur pays dans l’état où il est : ils sont très frappés, plus frappés qu’ils ne le disent, des routes que nous ouvrons et dont ils profitent, des vaisseaux nombreux qui remplissent nos ports, des maisons que nous bâtissons, des richesses de tout genre que nous montrons à leurs yeux et dont ils n’avaient aucune idée ; prouvez-leur que ces puissans moyens d’action ne seront pas employés à les déposséder, que nous travaillerons au contraire pour leur bien en même temps que pour le nôtre, et ils accepteront plus volontiers notre autorité.

Mais, dira-t-on, ce n’est pas apparemment pour enrichir les Arabes que nous avons jusqu’ici tant lutté et tant dépensé en Afrique, il faut bien aussi qu’il en revienne quelque chose à la France et aux Français. Je réponds, en premier lieu, qu’il n’est pas indifférent pour la France que les Arabes soient riches et heureux ; les indigènes de l’Algérie sont maintenant des sujets français ; leurs richesses, quand ils en auront,