Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 23.djvu/18

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Il semble que les finances de la république soient devenues le jouet de quelques écoliers malfaisans ; ils nous ruinent avec leurs secrets d’enrichir tout le monde, et, grâce à leur habileté, les ateliers nationaux seront bientôt les seuls où l’on offre aux ouvriers des salaires.

L’inquiétude de l’avenir, le discrédit du papier de commerce, entraînaient au mois de mars dernier la rareté du numéraire et l’interruption du travail ; mais la solvabilité de l’état pouvait venir au secours de celle des particuliers compromise. Il existait dans la circulation pour 274,533.900 francs de bons du trésor ; cette valeur était admise dans toutes les transactions ; il ne s’agissait, pour lui faire faire temporairement l’office de la monnaie, que de la rendre plus acceptable et plus mobile. Bien loin de là, les décrets des 16 et 28 mars l’ont paralysée entre les mains de tous les détenteurs. Le premier les déclarait échangeables contre des rentes 5 pour 100 au pair, qui ce jour-là même étaient à 69, ou remboursables à six mois, ce qu’on savait bien ne pas pouvoir tenir ; le second leur ôtait, au détriment des accepteurs, jusqu’aux garanties conférées par le droit commun aux moindres effets de commerce. Ainsi, au moment où il importait le plus de faciliter la circulation, un capital de 274 millions, qui, dans des circonstances si graves, pouvait en devenir le principal aliment, était frappé d’immobilité par le gouvernement lui-même. Au lieu de ces mesures inintelligentes, pourquoi ne pas offrir aux titulaires de bons nominaux de les changer contre des bons au porteur, fractionnés comme les billets de banque et portant avec soi leur intérêt ? C’eût été la réalisation la plus simple et la plus acceptable d’un système accueilli du public avec une faveur marquée, et si le gouvernement, au moment où il augmentait toutes les dépenses, s’était abstenu de démolir, au profit d’une popularité passagère, le revenu public, aucune valeur n’aurait été plus recherchée que celle-ci. Aurait-on voulu ajouter au crédit qu’a toujours assuré aux bons du trésor la bonne administration des finances ? Les moyens s’offraient en foule : on pouvait les admettre en compensation des dettes de certaines compagnies de chemins de fer envers le trésor, qui n’aurait rien perdu à ce mode de remboursement, puisqu’en l’état il ne saurait être payé ; on pouvait les recevoir en paiement d’immeubles, tels que les fermes du domaine de la couronne, qu’il y aurait tant d’avantages à mettre dans le commerce ; on pouvait enfin prévenir la dépréciation du capital par l’élévation temporaire de l’intérêt. Par ces mesures, et d’autres encore, toute la valeur des bons du trésor se serait maintenue, et l’entrée de fonds nouveaux dans la dette flottante aurait balancé la sortie des remboursement demandés.

Il est permis de croire, malgré la personne en qui l’on devait le moins s’attendre à rencontrer un détracteur des bons du trésor, que le crédit de cette valeur importe encore plus à la masse des travailleurs