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générale des esprits, et ce fut Bellini qui essaya de lui faire subir cette nouvelle transformation.

« Né à Catane le 3 novembre 1802, Vincenzo Bellini fit ses premières études musicales au conservatoire de Naples, sous la direction de Tritto, et puis de Zingarelli. Après avoir obtenu un succès d’encouragement au théâtre de Saint-Charles par un opéra de Bianca e Gernando, représenté en 1826, il fut appelé à Milan l’année suivante, où il composa le Pirata pour Mme Pasta et Rubini. Cet ouvrage eut un très grand succès, et révéla à l’Italie le nom de Bellini et celui de son admirable interprète. En 1828, il composa dans la même ville la Straniera, et puis la Sonambula en 1831. Cette délicieuse partition, écrite également pour Mme Pasta et Rubini, fut chantée au théâtre de la Canobiana, et y excita les plus vifs transports. Heureux de tant de succès faciles, il essaya d’agrandir son style dans la Norma, qui a été la dernière création de Mme Pasta, et puis il vint à Paris en 1833. Après une courte excursion à Londres, il revint parmi nous dans le courant de l’année 1834 et composa les Puritains pour les quatre célèbres virtuoses qui faisaient alors la fortune du Théâtre-Italien, c’est-à-dire pour Mme Grisi, Tamburini, Lablache et Rubini, son chanteur favori. Il mourut six mois après la première représentation de cet opéra charmant, comme un oiseau du ciel qui vient d’exhaler l’ultimo suo lamento ! Nature fine et délicate, génie mélodique plus tendre que fort et plus ému que varié, Bellini échappe à l’influence de Rossini, et s’inspire directement des maîtres du XVIIIe siècle. Il procède particulièrement de Paisiello, dont il a la suavité, et dont il aime à reproduire la mélopée pleine de langueur. Cette affinité est surtout frappante dans la Sonambula, la partition qui exprime le mieux la personnalité du jeune maestro et qu’on dirait être la fille de la Nina, encore tout émue de la douleur maternelle. Musicien d’un instinct heureux, qu’une éducation hâtive n’avait pas suffisamment développé, Bellini ne trouvait pas seulement dans l’émotion de son cœur des mélodies exquises et originales, mais il rencontrait parfois aussi des harmonies piquantes, comme dans le beau quatuor des Puritains, l’ouvrage le mieux écrit qu’il ait laissé. Son instrumentation, généralement faible, ne manque pourtant pas d’une certaine distinction. Il en emprunte la plupart des élémens à l’orchestre de Rossini et quelquefois à celui de Weber, comme on peut le remarquer dans l’introduction des Puritains. Son œuvre, peu varié, d’un caractère plus élégiaque que vraiment dramatique, se distingue par une déclamation sobre, contenue, où circule une émotion sincère, par des chants peu développés, et qui n’ont pas la splendeur luxuriante de ceux de Rossini, mais qui vous remuent profondément, parce qu’ils sont une émanation réelle de l’ame et non pas le produit de l’artifice. Né dans une contrée bien heureuse, l’oreille enchantée tes l’enfance