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IV : mécontent de l’assemblée constituante, il l’avait brusquement supprimée, et, se chargeant lui-même de faire cette constitution dont l’assemblée ne venait pas à bout, il avait donné à ses états une charte qui était un nouveau défi au parlement de Francfort. « Aussi bien, disait le préambule de la charte, tous les peuples de l’Autriche n’avaient pas de représentans à la diète de Kremsier, et, le succès des armes impériales permettant de songer enfin à la réorganisation de l’état, l’empereur accomplissait le vœu de son cœur et répondait à l’attente de son peuple en réunissant sous une loi commune, non pas seulement les peuples représentés à Kremsier ; mais toutes les populations diverses qui composent la monarchie autrichienne. » Tel est en effet le caractère de la charte du 4 mars. Il est difficile d’imaginer une constitution plus libérale, il est difficile de donner plus de garanties à l’esprit moderne, d’accorder une part plus équitable, de faire des concessions plus sages et plus intelligentes au progrès de la raison. À ce point de vue, la charte d’Olmütz ne mérite que de sincères éloges ; le malheur, le vice radical de cette constitution si belle, c’est qu’elle institue une centralisation impérieuse dans le pays qui est certainement, de tous les pays du monde, le plus rebelle à cette tyrannique unité. L’histoire de ces dix dernières années a prouvé assez clairement, ce me semble, quelle est la force de l’esprit national au sein des différens peuples de l’Autriche. Depuis dix ans et plus, l’Autriche est agitée par les luttes que soutiennent ces peuples pour retrouver leur vie distincte, et reprendre leur place au soleil, luttes pacifiques d’abord, tentatives sérieuses et calmes dont les érudits sont les soldats, puis bientôt, quand nos révolutions pénètrent dans l’Europe orientale, luttes sanglantes qui suscitent des héros et des martyrs. Courbés long-temps sous la tyrannie des Magyars, les Slaves de la Hongrie se soulèvent ; les Tchèques de Bohême se défendent contre l’influence allemande ; les Magyars eux-mêmes, oppresseurs des Croates, se sentent opprimés par l’Autriche et réclament leur indépendance ; partout enfin ce sont des peuples chez qui le sentiment national se réveille, ce sont des races que l’on croyait éteintes et qui tout à coup se rattachent à leurs souvenirs, à leurs traditions, à leur histoire passée, avec le plus juvénile enthousiasme. Comment soumettre à une seule et même loi ces populations jalouses ? Quand les Hongrois voulaient détruire les liens qui les unissent à la monarchie autrichienne, ils inauguraient une politique funeste, ils disséminaient et désarmaient ces Populations diverses, slaves, slovaques, tchèques, croates, magyares, qui bientôt seraient tombées, l’une après l’autre, soi le joug de la Russie ; mais le système contraire est-il moins pernicieux ? Confondre tous ces peuples dans une sorte de promiscuité, leur imposer une même loi et des institutions uniformes, effacer leurs traditions, abolir