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leurs coutumes nationales, supprimer d’un trait de plume toute leur histoire pour leur créer une existence mensongère, n’est-ce pas là un système tout aussi désastreux que celui dont les Magyars donnaient l’exemple avec un si aveugle et si inintelligent héroïsme ? Cette charte du 4 mars, dont on verra de jour en jour les graves inconvéniens le gouvernement autrichien ne l’a faite qu’en haine de l’assemblée nationale. Dans les § 2 et 3 du chapitre 1er de la constitution, les législateurs de Saint-Paul avaient décidé que l’Autriche ne pourrait faire partie de l’empire qu’en renonçant à ses possessions non allemandes. À cette arrogante injonction, l’Autriche répondit par la charte d’Olmütz, qui réunissait, au contraire, tous ces peuples en un seul et vaste corps, et les liait par une centralisation inflexible. La charte du 4 mars, il est permis de le croire, ne durera pas long-temps sans de profondes modifications ; elle était surtout une arme de guerre forgée pour une situation qui n’est plus. Quand le ministère Shwarzenberg la promulgua, il ne voulait que braver le parlement de Francfort et déchirer la constitution de l’empire.


II

Le parlement comprit le sens provocateur de cette politique. Décidément, le danger était grave ; il s’agissait de l’autorité même de cette assemblée qui avait mission de représenter l’Allemagne. On devait commencer bientôt la seconde lecture de la constitution, et c’était là une occasion toute simple de relever les défis du ministère Schwarzenberg l’impatience de l’assemblée ne put différer jusque-là : un député bien sûr de répondre à un besoin de la colère publique, proposa de décréter, sans attendre la seconde lecture, une loi spéciale, une loi expresse, qui proclamerait l’hérédité de la couronne impériale, et déférerait cette couronne à Frédéric-Guillaume IV. Cette proposition assez naturelle en de telles circonstances, empruntait au nom de cet auteur une signification dramatique. Cet homme si empressé à couronner le roi de Prusse, cet impatient défenseur de l’unité allemande et de l’hégémonie prussienne, c’était M. Welcker, le plénipotentiaire du duché de Bade auprès de l’archiduc Jean, l’adversaire redouté de M. Dahlmann, le chef des représentans de l’Allemagne du sud dans leurs luttes contre les envahissemens de l’esprit du nord.

C’est le 12 mars 1849 que M. Welcker vint présenter sa proposition à la tribune de l’église Saint-Paul ; une agitation extraordinaire régnait dans l’assemblée et sur les bancs des galeries ; on était impatient de savoir comment l’adversaire le plus déclaré de l’empire héréditaire et de l’hégémonie prussienne s’était décidé si énergiquement à réclamer cette hérédité de l’empire pour en faire hommage à Frédéric-Guillaume.