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le partage de la pologne.

tête de se croire un homme d’état et de devenir une façon d’ambassadeur du roi son maître. Diderot et d’Alembert n’écrivent jamais un mot sur les affaires publiques ; Mme du Deffand n’en parle que sommée par Horace Walpole. Décidément le xviiie siècle n’y avais aucun goût, et les hommes qui, en faisaient profession profitèrent de cette disposition des esprits, pour agir sans responsabilité et sans contrôle. Ils ont d’autant plus facilement caché leur jeu, que la galerie n’y regardait guère. C’est ce qu’on n’a pas assez remarqué.

Il en résulte que, s’il n’y a presque plus rien à apprendre de la vie intérieure du xviiie siècle, presque tout est encore à découvrir et surtout à éclaircir dans ses relations internationales. Tous les jours, des documens nouveaux portent la lumière sur cette partie importante de notre histoire. Nous-même en avons déjà reproduit quelques-uns dans recueil ; peut-être avons-nous aidé à mieux connaître quelques faits jusqu’alors mal expliqués et restés obscurs. C’est une étude semblable que nous essayons sur le partage de la Pologne, événement du premier ordre, méconnu et dénaturé aujourd’hui, parce qu’au lieu de le mettre dans son vrai jour, en tenant compte des circonstances qui l’ont nécessairement amené, on en a fait une arme à l’usage de nos luttes contemporaines. À force d’en abuser et de l’appliquer hors de propos, on l’a transporté de l’histoire dans la polémique et du récit dans la déclamation. Bien plus, il a subi une épreuve à laquelle résistent difficilement les faits les plus avérés. On lui a donné la plus décevante et la plus fausse de toutes les formes, celle d’un argument parlementaire. Nous essaierons de dire sur le partage de la Pologne la vérité tout entière, sans nous dissimuler ce qu’il y a de téméraire, presque de sacrilège, dans un tel projet. Parler sobrement des vaincus et des vainqueurs, se défendre avec le même soin du panégyrique et de l’anathème, écarter le dithyrambe et l’élégie comme des banalités vulgaires, réserver à chacun sa part et rendre justice à tout le monde, c’est avoir affaire à forte partie, c’est se jouer à une certaine qualité d’opinion qui, en réclamant la liberté illimitée, ne la laisse pas volontiers sur tous les sujets. Peu importe néanmoins : la vérité garde ses droits, et hors de l’église il n’y a pas de cas réservés.

Cependant nous protestons d’avance contre toute supposition d’une apologie rétrospective et paradoxale. Le démembrement de la Pologne fut un événement d’autant plus malheureux, qu’il était inévitable Nous ne chercherons pas la preuve de cette assertion dans les institutions mêmes de cette république royale, dans la liberté anarchique qui rendit toujours impossible l’établissement d’une liberté régulière et modérée : c’est ce que personne n’ignore, et il n’est pas nécessaire de remonter si haut ? pour prouver que, malgré le patriotisme, la bravoure, vertus de ce peuple illustre, son heure était irrévocablement sonnée. D’une