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imposait l’assemblée de Francfort ; il ne voulait plus le cette couronne impériale tant souhaitée, s’il fallait l’acheter au prix d’une constitution qui désarmait le pouvoir et organisait la démocratie ; il lui convenait cependant de ne pas repousser absolument, ce vote du 28 mars, par lequel la maison de Hohenzollern était comme désignée d’avance à la fortune. C’est la politique de la Prusse de se préparer toujours aux chances de l’avenir, et, si l’on peut parler ainsi, de se signaler aux destins ; monstratus fatis Vespasianus. D’ailleurs, Frédéric-Guillaume ne pouvait-il accepter un jour la couronne, sauf à faire réviser la constitution dans un congrès de souverains ? Le cabinet prussien laissait entrevoir tout cela, et la députation, fort inquiète de ce malentendu, ne se lassait pas de répéter que la dignité impériale ne pouvait être séparée de la constitution ; l’un et l’autre présent devaient être acceptés ensemble ; refuser l’un, c’était les refuser tous les deux. À vrai dire, le malentendu n’existait pas ; c’est parce que de part et d’autre on se comprenait trop bien que tout accord était devenu impossible.

L’ajournement de la réponse fut le signal d’une crise violente. À force de vouloir toujours ménager depuis trois mois et le parlement de Francfort et le cabinet de Vienne, Frédéric-Guillaume avait fini par les irriter tous les deux. Aux yeux de l’Autriche, le refus du roi de Prusse n’était pas une déclaration assez franche ; aux yeux du parlement, la promesse manquait de sincérité, et l’ajournement n’était qu’une rupture hypocrite. Des deux côtés, l’orage éclata bientôt. Le 5 avril, une note énergique et hautaine fut adressée par le ministère Schwarzenberg à M. de Schmerling, plénipotentiaire de l’Autriche auprès du vicaire de l’empire. Après avoir engagé l’archiduc Jean à ne pas donner sa démission, le prince Schwarzenberg déclarait hautement que l’assemblée nationale avait manqué à tous ses devoirs ; chargée de travailler à l’unité de l’Allemagne, elle avait au contraire prétendu briser les anciennes alliances ; envoyée à Francfort pour préparer une constitution qui devait être soumise ensuite à l’examen des cabinets, elle voulait usurper le droit de créer toute seule la loi de l’empire et de l’imposer au pays ; enfin, elle avait fait un pas de plus dans l’arbitraire, lorsqu’après le vote du 28 mars, elle avait refusé de se séparer annonçant qu’elle siégerait en permanence jusqu’à la réunion de la première diète impériale. « Les gouvernemens, disait la note du 5 avril, ne peuvent plus suivre l’assemblée sur ce terrain illégal. Pour le cabinet de Vienne, l’assemblée de Francfort n’existe plus, et les députés autrichiens doivent considérer leur mission comme finie. » Trois jours après, le ministère Schwarzenberg adressait une note non moins vive à M. le baron de Prokesch, son plénipotentiaire à Berlin. C’étaient les mêmes griefs contre l’assemblée nationale, la même condamnation de ses derniers actes. « L’assemblée de Francfort