Page:Revue des Deux Mondes - 1849 - tome 4.djvu/136

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a outrepassé ses pouvoirs ; elle a abandonné le terrain du droit ; elle n’existe plus. » Puis venait une protestation directe contre la réponse faite à l’assemblée le 3 avril, ou du moins contre l’attitude équivoque prise par Frédéric-Guillaume, lorsqu’en repoussant la couronne impériale, il s’efforçait pourtant de ne pas perdre le bénéfice moral de l’élection. Le roi de Prusse, disait la note, peut faire au gouvernement autrichien toutes les propositions qu’il jugera convenables ; ce qui lui est désormais impossible, c’est de s’appuyer sur les votes du parlement de Francfort.

Le refus de Frédéric-Guillaume avait déjà blessé le parlement, l’irritation s’accrut bien davantage quand on put lire dans les feuilles officielles les deux notes autrichiennes des 5 et 8 avril. Menacée par l’Autriche et abandonnée par la Prusse, l’assemblée nationale était livrée désormais à ses seules ressources ; il ne lui restait plus que les armes du désespoir. L’esprit révolutionnaire se dressait devant elle pour la tenter. Un des héros de la poésie patriotique, le vieux chantre des guerres nationales de 1813, Maurice Arndt, adressait déjà aux rois d’Allemagne un bizarre et sinistre avertissement : « O peuples ! Ecoutez. Vous aussi, rois allemands, si vous le pouvez encore, écoutez-moi ! Nous voici au quatrième acte de la grande tragédie épique de l’Europe et de l’Allemagne. Le premier acte (je parle pour notre pays), ce sont les années 1813 et 1815, le second c’est 1830, le troisième c’est 1848, et maintenant, maintenant déjà, en 1849, — tant est rapide le vol des heures qui nous emportent ! – nous jouons le quatrième acte. Quand sera représenté le cinquième ? Je n’en sais rien ; mais si vous manquez de prudence, ô rois d’Allemagne, le cinquième acte ne se fera pas attendre. Vous me répondrez sans doute : Que viens-tu nous prophétiser là, vieux corbeau blanchi par la neige des ans ? D’où te vient tant d’audace, vieux plébéien ? Qu’est-ce que ce cinquième acte dont tu menaces les princes et les rois ? Non, non, je ne menace pas. J’avertis avec calme et avec paix, car mes pieds touchent au bord de la tombe, et après le cinquième acte mes yeux ne verront presque plus rien des choses de la terre. Je n’agite point devant vous des signes prophétiques et terribles ; c’est l’ancien des jours, c’est Dieu lui-même qui vous menace avec les signes de sa colère. ». Ce que le vieux poète disait ainsi dans sa langue, les journaux, les brochures, les clubs l’exprimaient sur tous les tons, et la polémique s’envenimait d’heure en heure. À travers les légitimes craintes du parti libéral, à travers le désappointement furieux des doctrinaires de l’unité les fantaisies radicales avaient beau jeu pour se faire jour ; jamais plus magnifique occasion n’avait été offerte aux démagogues, et jamais non plus, il faut bien le reconnaître ; la diplomatie de la gauche n’avait si habilement manoeuvré. Obtenir des unitaires la suppression du veto, la suppression du