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et heureuse tribu lithuanienne qui, en passant du côté de la Pologne, fit pencher la balance en sa faveur. Ladislas Jagellon, le plus puissant de ses chefs, épousa, en 1386, l’héritière de ce royaume, Hedwige d’Anjou, princesse de Hongrie, issue du sang royal de France. Grace à cette alliance, la république polonaise devint une puissance considérable et se soutint pendant tout le xve siècle et une partie du xvie siècle. Ce fut l’ère des Jagellons : c’est l’âge d’or de la Pologne.

Au commencement du xviie, sous la dynastie de Wasa, à la suite de l’anarchique apparition des faux Démétrius, la Russie se vit à la veille de se voir conquise par les Polonais et de recevoir un czar de leur main ; mais elle les repoussa par un grand élan national, par un mouvement unanime et libérateur qui devint le point de départ de sa prééminence dans le Nord. Le czar Alexis Michaélovitch l’accomplit. Au milieu du xviie siècle, Alexis recouvra Kief, la Rome slavonne, la ville aux coupoles byzantines, qui renferme un peuple de saints dans ses cryptes souterraines. Le retour de ces contrées à la Russie la remettait à la tête des races slaves et lui assurait la supériorité dans le Nord. Néanmoins elle ne put la faire prévaloir immédiatement. Pendant un intervalle à la vérité assez court, ce fut la Suède qui prit la première place abandonnée par la Pologne. Plus tard, la Suède la laissa échapper à son tour. La Russie la prit et la tient.

Ni Charles XII après Narva, ni Pierre-le-Grand après Pultava, ne pensèrent à démembrer la Pologne. Tous les deux lui donnèrent un roi de leur main ; mais ni Charles, ni Pierre ne lui enleva un seul village. Cette politique était simple et naturelle. Que devait vouloir, en effet, la puissance prépondérante dans le Nord ? C’était de dominer la république, de maintenir son anarchie pour l’empêcher de reprendre des forces, de lui imposer des armées et des rois, d’intervenir dans ses affaires intérieures, comme la Pologne elle-même, au temps de sa grandeur, était intervenu dans les troubles de ses voisins. La domination obtenue, à quoi bon le démembrement ? Pourquoi partager avec d’autres ce qu’on peut garder seul ? Pourquoi éveiller la jalousie de l’Europe et n’obtenir qu’une part dans un tout dont on dispose ? Un partage territorial amenait nécessairement un partage de domination, ce qui ne pouvait convenir ni à la Suède, lorsqu’elle avait la supériorité sur la Russie, ni à la Russie, victorieuse de la Suède ; mais la Russie avait un puissant moyen d’ingérence qui n’appartenait qu’à elle, et qui manquait à toutes les autres puissances limitrophes de la Pologne. Les coreligionnaires des Russes y étaient nombreux et depuis quelque temps opprimés. La Russie était leur recours naturel : c’était là sa force.

La Prusse, ancienne vassale de la république, se trouvait à son égard dans une situation bien différente. Géographiquement, l’Alle-