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tous les verrous qui avaient jusqu’alors fermé les portes de cet esprit. Là où j’avais seulement espéré un conteur, je trouvai un type aussi intéressant que singulier. Les aveux, d’abord entrecoupés de réticences, se complétèrent insensiblement. À chaque couplet de l’avoué, la bonne humeur du rouleur semblait se transformer en une confiance attendrie. Enfin nous sûmes toute son histoire.

Claude était un pauvre champi, ou enfant trouvé dans les champs. Adopté par un paysan de la montagne, il avait passé ses premières années dans les brandes à garder les brebiailles. Là, accroupi avec les autres petits pâtours, devant un feu de ronces, il avait entendu parler sans cesse de la poule d’or qui se cachait dans les traînes avec ses douze poussins et des épargnes enfermées par les fées sous les grandes pierres druidiques. Dès qu’il avait pu comprendre, ces opulentes visions avaient hanté sa pauvreté. Pieds nus et vêtu d’une biaude en lambeaux, il errait dans les friches, insensible à la pluie, au vent, à la froidure ; il frappait de sa houlette ferrée les touffes de bruyères, il retournait les pierres moussues, il regardait au jour failli vers les ravines qu’habitaient les fades, espérant toujours qu’un hasard bienfaisant lui apporterait la richesse.

Enveloppé dans ce songe d’or, il atteignit le moment où les fils de son maître, devenus assez grands pour garder le troupeau, le forcèrent à chercher fortune ailleurs. Un chaudronnier nomade s’était alors offert à le recueillir, et Claude avait parcouru avec lui les campagnes, apprenant son métier tellement quellement, et retrouvant partout cette même histoire de trésors cachés, rêve éternel de la misère qui ne veut point désespérer. Ainsi entretenues, ses impressions d’enfance s’étaient fortifiées, agrandies. Lorsque la mort de son second maître le laissa encore une fois seul, il continua sa vie vagabonde et s’enfonça de plus en plus dans les recherches qui l’avaient préoccupé tout enfant.

Les explications dans lesquelles Claude entra à la suite de ce récit jetaient un singulier jour sur l’espèce de mission qu’il s’était donnée à lui-même. Le rouleur n’était point le vulgaire quêteur de trésors que j’avais cru d’abord, mais une sorte d’alchimiste populaire qui, à l’exemple des poursuivans du grand œuvre, avaient soumis la recherche des richesses cachées à un art cabalistique. Je fus singulièrement étonné de la force de cerveau qu’il avait fallu à cet homme ignorant pour systématiser les traditions et en faire un corps de science. Ce travail lui avait coûté vingt ans d’enquête, de réflexions et d’essais. Il y avait mis cette patience passionnée des vrais fidèles, dont le courage, loin de se briser aux obstacles, s’y fortifie et s’y aiguise. Voici rapidement l’idée de sa théorie née de la comparaison des différentes croyances populaires.

Il y avait trois espèces de trésors : ceux qui appartenaient au vilain