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(c’était le nom que Claude donnait au démon), ceux qui appartenaient à un trépassé, et ceux que gardaient les génies, les fées ou les morts ajournés, c’est-à-dire destinés à une résurrection terrestre. Les premiers comprenaient toutes les richesses enfouies sous la terre et restées cent années sans voir l’œ il du ciel ; les seconds, celles qu’on avait cachées en égorgeant un être vivant et qui étaient gardées par le fantôme de la victime ; les troisièmes enfin, celles que des esprits ou des hommes puissans avaient autrefois entassées dans de mystérieuses retraites. La recherche et la conquête de chacun de ces trésors étaient soumises à différentes conditions. Pour ceux que possédait Satan, il fallait un pacte. On se rendait pour cela dans un carrefour hanté, où l’on évoquait Robert au moyen de certaines conjurations. S’il venait à paraître, il fallait lui adresser aussitôt la parole, sous peine d’être emporté par lui. Les conventions du pacte se réglaient ensuite, et on les signait de son sang. Outre les richesses enfouies dont on obtenait ainsi la connaissance, le diable pouvait accorder certains talismans. Nous avons parlé ailleurs du cordeau qui permettait de soutirer le lait et le blé du voisin ; les paysans du Périgord citaient également le mandagoro, qui n’est autre que la plante magique appelée dans les traditions allemandes Galgen-Mannlein (petit homme de potence). Lorsqu’on l’arrache, ses racines poussent des cris ; mais si une fois hors de terre on les lave dans du vin blanc, comme un nouveau-né, elles répondent à toutes les questions et prédisent l’avenir. En Lorraine et en Alsace, on peut obtenir du diable le ducat d’incubation, qui se double toujours ; ailleurs, il donne à ses adeptes le chat noir classique, la bourse de Fortunatus ou le tonneau qui ne se vide jamais ; mais la fortune acquise par ces moyens entraîne toujours nécessairement la perte de l’ame.

Quant aux dépôts précieux que gardent des fantômes, ils sont en petit nombre et difficiles à enlever. Tout être vivant qui y touche meurt inévitablement dans l’armée. Il faut, pour s’en emparer, plusieurs précautions et certaines formules destinées à relever l’ombre de sa faction forcée et à lui ouvrir la région des ames.

Restent les trésors appartenant aux génies, aux fées et aux morts ajournés. Ceux-ci s’ouvrent plus aisément ; il suffit souvent, pour y puiser, d’un hasard, d’une heureuse rencontre, ou d’un caprice des possesseurs. La science des chercheurs de trésors indique au reste plusieurs moyens de trouver et d’acquérir les dépôts précieux. Le premier est la magie et l’étude des incantations ; malheureusement, cette branche de l’art est depuis long-temps négligée : Claude nous avoua qu’il y avait peu de chose à en attendre. On pouvait encore vaincre les charmes qui nous dérobent l’argent caché en faisant consentir un prêtre à dire une messe à rebours ; mais tous se refusaient à ce sacrilège. Le plus sûr était donc de mettre à profit ce que l’on appelait, dans certaines