Page:Revue des Deux Mondes - 1850 - tome 7.djvu/189

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Dieu sait le mal qu’ont fait ces calomnies. Comme, ces jours derniers, il a été beaucoup question de liste civile, on s’est mis à rechercher l’emploi que la restauration d’abord, la monarchie de juillet plus tard, ont fait de leur liste civile ; on a même publié les comptes de la liste civile du roi Louis-Philippe. Jamais la libéralité et la munificence, qui font l’honneur de la royauté, n’ont été plus grandement mises en pratique, jamais plus d’aumônes ne sont descendues du trône. Pendant dix-sept ans de règne, les charités du roi et de la reine se sont élevées à plus de 25 millions de francs. Pendant dix-sept ans de règne, le roi a dépensé 62 millions en achats d’objets d’art, en tableaux, en livres, en entretiens des palais de l’état, en réparations, en constructions, en choses enfin qui restent à l’état, et dont le roi n’a rien emporté dans l’exil. En dix-sept ans de règne enfin, le roi s’est endetté de 32 millions de francs, qu’il paie sur son domaine privé, sur la fortune de ses pères et de ses enfans. Voilà comme le roi thésaurisait ! voilà comme il plaçait ses fonds à l’étranger !

À cette justice que les événemens rendaient au roi, ajoutez la pieuse sympathie qu’excitait l’état de sa santé et les hommages que s’empressaient de lui porter ses anciens ministres. Nous n’avons pas parlé du voyage de M. Thiers à Saint-Léonard, et nous continuerons à respecter par notre silence les entretiens intimes et tout-à-fait privés que le roi a eus avec son ancien ministre ; nous ne voulons dire que ce seul mot, c’est que dans ces hommages d’affection portés à un roi exilé, dans cette justice rendue à l’usage de sa liste civile et de sa fortune, dans toutes ces manifestations de l’esprit conservateur, à côte du note des frais de représentation, vote qui est tout de convenance et de dignité, dans cet ensemble enfin d’actes qui expriment noblement, selon nous, les intentions générales du grand parti conservateur, nous ne voyons rien qui puisse rompre l’accord de la majorité.

Nous nous trompons, dira-t-on, et voici en quoi : c’est que tout ce que nous venons de dire se rapporte aux intérêts et aux espérances du parti bonapartiste, aux souvenirs et aux affections du parti orléaniste, et rien au parti légitimiste. Le parti légitimiste n’a paru dans tout cela que par la répugnance qu’il a eue contre le crédit des frais de représentation ; les événemens divers de la quinzaine, n’ayant rien de sa couleur, n’ont pas pu diminuer sa mauvaise humeur, qui s’est augmentée encore, quand il a vu par le vote de la majorité qu’elle était impuissante. — Petites et misérables explications que nous repoussons par les raisons suivantes. Il est impossible que le parti légitimiste ne comprenne pas qu’il est de son intérêt d’aider à tout ce qui remet en honneur les souvenirs de la monarchie, quelle que soit cette monarchie ; il est impossible que le parti légitimiste ne comprenne pas que tout ce qui tient à la maison de Bourbon, tout ce qui empêche la mémoire qu’elle a laissée dans le pays de s’effacer est favorable aux principes du parti légitimiste. Si le parti légitimiste ne voit point cela, il n’a que des passions, au lieu d’avoir une politique. Enfin, au-dessus même de toutes ces réflexions qui s’adressent à un parti, il y a une raison qui doit toucher tous les partis attachés à l’ordre social : c’est que nous devons tous, en France, quelles que soient nos affections particulières, respecter, honorer, affermir ce que nous appelons les en-cas du présent et de l’avenir. Le prince Louis Napoléon a été le grand en-cas de l’ordre social en 1848. Nous devons chercher à consolider son pouvoir à cause de l’usage qu’il en fait ; mais,