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de l’Océan, et qui disposent de l’avenir aussi bien que de l’espace. Règle générale : plus la vie sociale d’un pays est simple, plus son gouvernement peut l’être aussi ; plus la vie sociale est compliquée, plus le gouvernement doit l’être, et alors la simplicité n’est pas l’effet d’un art profond, mais d’un art novice et en quelque sorte dans l’enfance. Tout le monde s’est moqué de Rousseau donnant comme l’idéal de tout gouvernement humain l’imitation du gouvernement d’un petit canton de la Suisse. Il n’y a au fond que deux sortes de gouvernemens essentiellement opposés et radicalement incompatibles les gouvernemens fondés sur la souveraineté originelle d’une famille, et les gouvernemens fondés sur la souveraineté du peuple. La révolution française n’a brisé que la monarchie absolue et arbitraire, où le monarque tire son droit de lui-même et n’a de responsabilité qu’envers Dieu et sa conscience. Cette forme de gouvernement a eu jadis sa nécessité, sa grandeur, son utilité, sa popularité même ; mais elle a reçu le coup mortel en 1789. Elle s’est soutenue plus ou moins long-temps hors de France ; mais elle tend partout à se métamorphoser en Europe, toute constitution impliquant une limite et détruisant le principe de la monarchie absolue. Il n’y a pas aujourd’hui de roi en Europe qui osât revendiquer une telle monarchie s’il le faisait, il sortirait de son siècle, retournerait au moyen-âge, et mettrait en péril le fondement même de son autorité. C’en est fait de la monarchie du droit divin, de la politique de Bossuet, de M. de Bonald, de M. De Maistre : elle n’est plus aujourd’hui qu’une chimère impuissante. Mais, si la monarchie du droit divin a fait son temps, il ne reste pas moins vrai que le gouvernement d’une grande nation civilisée ne peut pas être celui d’une société naissante ; et si c’était ici le lieu, je me chargerais de démontrer avec une rigueur mathématique, en allant pas à pas et de déduction en déduction, que la France et toutes les grandes nations européennes ont aujourd’hui besoin d’un gouvernement limité, mais concentré, d’un gouvernement qui ne soit pas tous les jours remis en question, qui dure et se perpétue, qui a bien plus de raisons pour être inamovible que la magistrature, et, qui doit être héréditaire, et, s’il se peut, immortel, afin, que nulle compétition du pouvoir suprême ne soit possible et ne se puisse même présenter à l’imagination des plus ambitieux, afin qu’il n’y ait point d’interruption dans la conduite générale des affaires de la nation, afin que tous les membres de cette nation vivent, travaillent, contractent sur la foi d’un avenir certain, afin aussi que les nations étrangères puissent traiter avec le pouvoir national comme avec un pouvoir solide et permanent.

Les principes de la révolution française exigent impérieusement une autorité forte et durable, pour déployer leur bienfaisante influence : autrement ils tournent contre eux-mêmes. La souveraineté du peuple