Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/27

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J’entends dire que la monarchie constitutionnelle peut être une fort belle institution mais qu’après tout elle n’a pu se soutenir, qu’elle a succombé trois fois sous les monarques les plus différens, Napoléon, Charles X, Louis-Philippe ; qu’ainsi l’expérience a prononcé. Je réponds qu’en effet l’expérience a prononcé, mais en faveur de la monarchie constitutionnelle ; car je prétends que, depuis la révolution française, le seul gouvernement qui ait pu s’établir, et durer parmi nous est la monarchie constitutionnelle, et que la république n’a jamais pu vivre, ou plutôt qu’elle n’a jamais été. Non, elle n’a jamais été, car je le demande à tout homme impartial, je le demande surtout au petit nombre de vrais républicains que j’estime et que j’aime, je leur demande s’ils appellent république le régime de la France depuis février. Certes ils l’oseraient ; ils estiment trop la république. Ce régime est une situation indéfinissable où la monarchie constitutionnelle n’est plus, où la république n’est pas encore, incessamment flottante entre les émeutes de la rue et des clubs, les répressions terribles de la force, les prétentions d’une assemblée unique qui a le droit de se croire souveraine, et celles d’un pouvoir exécutif élu par les citoyens et qui a le droit aussi de se croire souverain : situation unique dans l’histoire, qui ne se soutient à grand’peine que par les efforts des gens de bien, et qui ne peut être le dernier mot des gouvernemens libres en France. Je me flatte encore que personne ne me donnera pour un état républicain celui de la France sous la convention. Robespierre lui-même le disait : La liberté est ajournée jusqu’à la paix, c’est-à-dire jusqu’à la fin de la révolution. La première république française n’a été qu’une dictature révolutionnaire dont la mission était de détruire la vieille monarchie, puisque cette monarchie n’avait pas su se transformer. En vérité, je rougis pour les hommes d’état de la révolution qu’on leur impute d’avoir voulu établir telle ou telle forme de gouvernement. C’est bien les diminuer, c’est méconnaître, étrangement et rabaisser leur rôle dans l’histoire ils n’ont pas fait un gouvernement, ils ont fait une révolution. La première république française est une crise, ce n’est pas un gouvernement : Dès que Pauvre de destruction est accomplie, la crise diminue peu à peu, et finit par se résoudre en un gouvernement régulier, qui a cessé d’être, de durer, de grandir, de se développer et de couvrir la France de toute espèce de biens et de prospérités pendant cinquante années. En effet, l’empire est une monarchie constitutionnelle, comme la restauration, comme le gouvernement de juillet. Entre les constitutions de l’an VIII, la charte de 1814 et celle de 1830, il n’y a guère que des nuances ; ce sont les monarques surtout qui ont différé. La monarchie constitutionnelle est si bien le gouvernement nécessaire de la France, qu’à travers tous les changemens qui ont mis sur le trône des personnages si opposés dans des