Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 12.djvu/395

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mant ! N’est-ce point la fantaisie encore qui vient décorer les premières pages de ce volume nouveau de M. Arsène Houssaye, Philosophes et Comédiennes, que l’auteur appelle « les métempsycoses transparentes d’une ame qui se poursuit elle-même, » où il montre « les noms de folie ou de sagesse, de deuil et de volupté, tourbillonnant comme dans les spirales d’une valse éperdue, » et où il se fait le musicien d’une ronde « mélancolique qui emporte la Gaussin dans les bras de Platon ? « En voilà beaucoup, je pense, pour justifier le titre que M. Houssaye donne à un recueil de divers morceaux sur Mme de Maintenon et sur Mme de Parabère, sur Voltaire et Chamfort, sur Mlle Gaussin, hélas ! et aussi sur Platon. Ce qui fait l’unité de Philosophes et Comédiennes, ce n’est pas la pensée secrète que M. Houssaye pourrait supposer y avoir mise : c’est le genre même, qui consiste à toucher à tout étourdiment, aux grandes choses comme aux petites, aux choses sérieuses et aux choses légères, pour leur faire danser assez galamment la sarabande, comme dit l’auteur. M. Houssaye a eu quelque familiarité avec le xviiie siècle ; il a même écrit une galerie de portraits de cette époque. Je ne veux pas dire qu’il en ait pris l’esprit : il en a pris seulement quelques-unes des affectations, sans que celles-ci empêchent les affectations qui sont plus spécialement de notre temps. Il en est résulté une quintessence particulière, quelque chose comme un Dorat ou un Gentil-Bernard doublé d’un fantaisiste contemporain. Ce n’est pas qu’il n’y ait parfois des pages gracieuses et des traits délicats dans ce qu’écrit M. Houssaye : une sorte de libre et ingénieuse humeur peut être de mise dans un portrait de Callot ; mais là où la valse éperdue et la sarabande se montrent dans tout leur éclat, c’est lorsque M. Houssaye entreprend de nous expliquer Platon le divin, précurseur de Jésus, fils de Dieu, et la républicaine Aspasie proclamant la liberté, l’égalité et la fraternité avant Platon et Jésus-Christ. Comme aussi, je ne sache pas beaucoup de puérilités plus dignes d’être conservées dans les archives de l’enfantillage intellectuel et du bric-à-brac poétique que ce que l’auteur nomme un dialogue des morts sur les vivans, où il fait converser Marie— Antoinette et Saint-Just, Machiavel et Ninon de Lenclos, le tout couronné par Mme de Pompadour offrant une cigarette à Napoléon. Fantaisie, fantaisie, que me veux-tu ? Sérieusement, ici, M. Arsène Houssaye me paraît être victime d’une obsession particulière qui le pousse à forcer un naturel qui pourrait n’être pas sans grâce et à se heurter aux choses les plus graves de la vie humaine et de la pensée, pour lesquelles son talent est le moins fait.

Dans les Scènes et Proverbes de M. Octave Feuillet, on aime du moins à reconnaître une nature littéraire qui a échappé aux contagions régnantes. M. Octave Feuillet, par la grâce de son esprit, par l’aimable distinction de son talent, est un des jeunes écrivains qui ont le plus de droits à lixer l’attention. On a lu ici quelques-unes de ces Scènes qu’il réimprime aujourd’hui ; on peut se souvenir également d’un roman tenté dans des proportions plus étendues, — Bellah. Le cadre le plus propre au talent de M. FeuiUet, c’est évidemment celui du proverbe ou de ces scènes semi-romanesques, semi-dramatiques, qui deviennent facilement tout un poétique rameau. La Clé d’Or, la Crise, le Pour et le Contre sont de vives, ingénieuses et délicates esquisses. La contexture en est simple : une situation, un sentiment, une nuance de caractère ou de passion, un de ces caprices du cœur si charmans quand ils sont vrais, constituent le plus souvent le fonds de