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les champs de bataille ; à Prague, à Vienne, il avait dompté la révolte, rendu le courage aux sujets fidèles de l’empereur et rétabli partout l’autorité impériale ; il quitta l’armée en lui souhaitant cette gloire et ces succès que de fatales circonstances l’avaient empêchée d’acquérir sous son commandement.

Le 18 avril, le second corps reçut l’ordre de se rendre à Gran ; il arriva après treize heures de marche forcée, mais il était trop tard, et cette marche ne servit qu’à prouver ce que les troupes étaient capables de faire ; il ne resta plus alors devant Pesth que le corps du ban et celui du général Schlick. L’insurrection hongroise l’emportait : Georgey s’avançait vers Komorn, Bem repoussait nos troupes au-delà des frontières de la Transylvanie, Perczel avait rejeté les débris du corps du général Thodorowich sur la rive droite du Danube, incendié les villages des Serbes, et massacré les habitans ; cette faible troupe, qui fuyait partout devant nous au commencement de la campagne, était devenue une puissante armée de cent quatre-vingt mille hommes ; nous avions pendant quatre mois prodigué inutilement nos forces. L’honneur seul nous restait : nous n’étions pas vaincus, partout nous avions combattu comme de braves soldats ; les opérations de l’ennemi et des difficultés impossibles à prévoir avaient seules amené notre ruine. L’aspect de l’armée était triste et morne ; lorsque le canon grondait, les troupes marchaient à l’ennemi sans élan, sans ardeur ; les bataillons se formaient, se déployaient en silence ; comme au temps de nos succès, ils restaient impassibles sous le feu des Hongrois, les officiers et les soldats atteints par les balles tombaient sans proférer une plainte, mais je ne sais quel triste sourire venait animer leurs traits ; ils savaient que leur sang coulait inutilement sur ces champs de bataille que nous allions abandonner. Pendant la campagne d’Italie, lorsque le bruit du canon retentissait, un éclair de joie semblait illuminer l’armée, les troupes électrisées s’élançaient en avant aux cris de vive l’empereur ! Chaque bataillon voulait être le premier. Les officiers mortellement blessés excitaient encore leurs soldats ; luttant avec la mort, ils encourageaient leurs compagnons, qui s’arrêtaient pour leur serrer la main une dernière fois, ils mouraient, mais les cris de victoire ! venaient charmer leurs oreilles, et les endormaient dans la joie du triomphe [1].

Le général Welden avait pris le commandement des forces impériales ; il comprit qu’il fallait pour le moment abandonner la Hongrie ; il n’hésita point, et, son énergie l’empêchant de se rattacher à quelque trompeuse espérance, il prit la résolution de se retirer avec l’armée

  1. Pendant la campagne d’Italie, le capitaine Vogl, de mon régiment, ayant eu la poitrine traversée par une halle au moment où son bataillon emportait le village de Somma-Campagna, se fit porter en arrière par ses soldats pour annoncer au maréchal Radetzky le succès de l’attaque et le voir une dernière fois avant de mourir.