Page:Revue des Deux Mondes - 1852 - tome 13.djvu/391

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patrons tiennent des conférences ; les ouvriers se coalisent pour une grève menaçante, les patrons se coalisent pour fermer tous ensemble et à la fois leurs ateliers. En ce moment, la question n’est pas vidée, et nous aurons probablement bientôt, malheureusement, l’occasion d’y revenir.

Depuis les ordonnances publiées le 20 août dernier par l’empereur d’Autriche pour inviter le conseil des ministres et celui de l’empire à délibérer sur la constitution du 4 mars 1849, le sort réservé à cette constitution et aux principes quasi-démocratiques qui en dérivaient ne pouvait être douteux pour personne. En Autriche, ainsi que dans tous les pays de bureaucratie, la promptitude est un mérite peu apprécié ; c’est ce qui explique pourquoi la délibération a pu être si longue sur une question déjà plus qu’à demi résolue : le retrait définitif de la charte du 4 mars date seulement, en effet, du dernier jour de l’année 1851.

On sait que cette charte ne jouissait point d’une grande faveur auprès des populations autrichiennes. Elle avait eu dans l’origine un double objet : le gouvernement impérial, en acceptant le système parlementaire pour ne pas rompre trop brusquement avec les idées qui dominaient alors en Autriche, avait cherché en compensation dans ce système un instrument de centralisation et d’unité politique. À la vérité, la constitution du 4 mars ne déplaisait peut-être pas aux Slaves autant qu’on l’a dit. Si en effet la centralisation menaçait leurs institutions locales, le futur parlement de Vienne, en les réunissant en un même foyer, au cœur même de l’empire, eux qui forment presque la moitié de toutes les populations autrichiennes, leur fournissait le moyen de peser lourdement sur le pouvoir central. Ils n’obtenaient pourtant cette influence qu’à la condition de se fondre eux-mêmes en quelque sorte en un seul peuple, de renoncer à leur individualité nationale, en un mot d’être simplement des Austro-Slaves, au lieu de rester Tcheks, Polonais, Illyriens. Le sacrifice était considérable. Les Galiciens pouvaient-ils, par exemple, faire si bon marché de cette individualité qui les rattache dans l’histoire au vieux tronc polonais ? Si favorable qu’elle fût aux Slaves par un côté, la constitution du 4 mars entraînait donc, même pour eux, de graves inconvéniens. Quant aux Italiens, aux Valaques, aux Magyars, incapables par leur petit nombre de jouer aucun rôle dans une assemblée de représentans de tout l’empire, ils avaient tout à perdre au maintien de cette constitution. Les Magyars notamment y voyaient la certitude que leur parlement séparé ne leur serait pas rendu. De là, chez toutes les populations de l’empire, une défiance prononcée pour cette charte unitaire, et, chez les Magyars, une hostilité systématique et persistante, qui employait, pour éclater au grand jour, tous les moyens de publicité que le régime militaire a laissés à la Hongrie.

Au dehors, les projets d’unité contenus dans la charte du 4 mars avaient été accueillis avec quelque incrédulité. C’est afin de mieux assurer cette unité par le germanisme, que l’Autriche avait formulé hautement aux conférences de Dresde son plan d’incorporation dans l’Allemagne. Et, pour faire accepter ce plan, elle raisonnait devant les états confédérés comme si cette unité annoncée dans la constitution du 4 mars était déjà un fait accompli. Du moment où l’Autriche n’eût plus formé qu’un seul corps homogène avec une législation uniforme, l’on aurait difficilement compris comment une portion de cet empire