Page:Revue des Deux Mondes - 1852 - tome 14.djvu/1155

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



SCENES ET MOEURS


DES


RIVES ET DES CÔTES.




LE PASSEUR DE LA VILAINE.




I

Les voyageurs qui suivent maintenant la route de Nantes à Vannes traversent le pont de La Roche-Bernard, dont les câbles gigantesques, suspendus au-dessus de l’embouchure de la Vilaine, relient les deux rives, et vont chercher, par de longs souterrains, un point d’attache plus sûr à la racine même des collines ; mais beaucoup de ceux qui s’arrêtent pour contempler cette merveille de l’industrie contemporaine ignorent que ce passage, où l’on ne trouve aujourd’hui qu’un motif d’admiration, était, il y a peu d’années encore, une occasion de retard et parfois de sérieux péril.

Un bac établissait seul alors la communication entre la Loire-Inférieure et le Morbihan. Or, la violence du courant, la largeur de la rivière sur ce point et l’action de la marée, qui en faisait, à certaines heures, un véritable bras de mer, rendaient souvent la traversée difficile. Là, comme au passage des cent rivières maritimes [1] qui sillonnent

  1. Dans l’ouest, on donne le nom de rivières aux canaux naturels par lesquels la mer s’avance, souvent à plusieurs lieues, dans l’intérieur des terres.