Page:Revue des Deux Mondes - 1852 - tome 14.djvu/548

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

plus vif essor. et, si limité qu’il soit, ce petit état fournit à lui seul à l’union scandinave plus d’hommes distingués dans toutes les fonctions que les deux autres royaumes pris ensemble n’en sauraient produire. Cette suprématie que sa position sur le Sund lui confère, la capitale du Danemark ne perd pas une occasion de l’exercer, même la moindre. Elle attire, elle absorbe. Que la Norvège ait un poète. c’est aussitôt la langue danoise qui lui fournit l’harmonie de ses rimes, c’est le sol hospitalier du Danemark qui le tient attaché ; qu’une voix mélodieuse entre toutes vibre en Suède, que Jenny Lind débute : avant Stockholm Copenhague a saisi son premier prélude. Pour me servir, en terminant, de l’expression d’un poète du lieu, c’est des bords du Sund que sont partis les chants d’antique poésie qui furent entendus de tous les peuples du Nord.

Après cela, que la direction imprimée à la musique par la capitale du Danemark soit en rapport avec sa puissance d’attraction ou d’absorption, voilà ce que je n’oserais affirmer. Les qualités de la musique scandinave restent au fond toujours les mêmes, et c’est bien plutôt de reproduire le sentiment national qu’il s’agit que de fonder ce que nous appellerions, dans un langage convenu, une école d’art. L’esprit du Nord, le nordisme, comme ils disent (nordiskhed), tel est chez les compositeurs le souffle vivifiant, lequel se traduit ensuite chez les exécutans par la vigueur de l’accent, la puissance et l’intensité du son. On comprend que le fameux précepte de l’art pour l’art, si religieusement observé en d’autres pays, ne compte ici que pour très peu. J’ignore si des élémens que j’ai essayé de caractériser une école doit sortir ; dans tous les cas, ce ne serait qu’après des modifications nombreuses et en abandonnant, comme il arrive d’ordinaire à qui se civilise, quelque chose de l’individualité propre, car, en musique, gagner du côté de l’art, c’est souvent perdre du côté de la nationalité, et je doute qu’à pareil jeu le pur scandinavisme trouvât son compte.


H. BLAZE DE BURY.