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du slavisme à venir. Dans cette œuvre admirable, la grâce et la mollesse le disputent à l’énergie et à la force. S’il n’y a rien dans Votsel qui rappelle Gogol, en retour il abonde en fragmens que Pouchkin ne désavouerait pas.

La poésie et l’érudition semblent le vrai domaine des Bohêmes: quand ils touchent au monde réel, ils deviennent aussitôt utopistes. C’est ce qu’a bien prouvé leur conduite politique dans les crises de 1848 et 1849. Au milieu des terribles luttes nationales que ces années ont vu passer, les publicistes et les députés tchekhs ont agi en réalité comme des érudits allemands. En un mot, la littérature des Tchekbs est incomplète et tronquée par le germanisme, tout comme leur nationalité.

Dans sa défaillance, la littérature tchèque s’appuie heureusement sur celle des Illyro-Serbes, qui, moins ambitieuse, moins riche, moins cosmopolite, est pourtant bien plus vivace, bien plus populaire et plus patriotique que celle des savans de Prague. C’est à la fin du XVIIIe siècle que la Serbie et toutes les provinces iugo-slaves, couvertes des plus profondes ténèbres, virent tout d’un coup se lever parmi elles un nouvel initiateur. A l’époque où le moine Konarski réformait les écoles polonaises, le pauvre caloyer Dosithée Obradovitj quitta son couvent pour aller acquérir en Europe les lumières dont il avait besoin. Après avoir employé vingt-cinq années de sa vie à parcourir toutes les capitales, les universités et les bibliothèques d’Allemagne, de France, d’Italie, de Russie et d’Angleterre, de retour au milieu de ses forêts natales, l’Anacharsis serbe, ainsi qu’on appelle le caloyer Obradovitj, commença le mouvement de régénération de son pays, et fonda l’école littéraire qui fleurit actuellement dans la Syrmie, la Slavonie et la principauté de Serbie. Sur l’Adriatique, l’esprit serbe se réveillait aussi au contact des idées françaises. De 1790 à 1800, un génie vraiment universel, Katantchitj, publia, tant en serbe qu’en latin, une grande quantité d’ouvrages, les uns populaires, les autres scientifiques. Poésie, histoire, philologie, religion, archéologie, économie sociale, toute l’encyclopédie et la palingénésie du slavisme dorment en germe dans cette vaste et puissante intelligence.

La révolution polonaise de 1830 donna enfin aux lettres illyro-serbes leur impulsion définitive. En excitant une profonde et générale sympathie, les malheurs de la Pologne ont eu le privilège de raviver partout le feu sacré du patriotisme, mais nulle part autant que dans les pays slaves. La cause toutefois qui activa le plus les progrès de la littérature en Illyrie, ce fut l’absurde et ridicule prétention des Magyars d’imposer leur langue asiatique aux Slaves du Danube, aux descendans de ces antiques et mystérieux Venèdes, qui sont peut-être la première race humaine installée en Europe à l’état de grande nation. Aussi le