Page:Revue des Deux Mondes - 1853 - tome 1.djvu/606

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la Belgique à la France, d’autres répondent de Bruxelles par l’annexion de la France à la Belgique, — rien de mieux. Ce qui est étrange, c’est la voie par laquelle l’auteur y arrive, c’est le raisonnement qu’il l’ait à l’Europe et par lequel il prétend prouver sans doute qu’on cultive beaucoup mieux en Belgique qu’à Paris les sciences sociales et politiques. Il y a en France, assure l’auteur, deux choses très différentes. Il y a le virus révolutionnaire, dont le midi est le siège gangrené, et il y a la puissance, la richesse de la France, qui lui sert à propager son venin du midi ; cette puissance, ce sont les provinces du nord qui la représentent. Que reste-t-il à faire, si ce n’est à séparer les deux régions, à ramener le nord dans le giron de l’orthodoxie européenne et à laisser la France du midi se débattre dans l’anarchie fébrile de ses révolutions ? La France en effet n’est-elle pas la grande perturbatrice du monde ? Après avoir été sur le point de faire du socialisme économique contre la propriété, ne fait-elle pas du socialisme politique contre la constitution européenne par son ambition mal déguisée ? Quoi ! direz-vous, est-ce donc du socialisme de penser que l’état général de l’Europe a pu n’être point réglé en 1815 d’après les conseils de la plus stricte et la plus impartiale sagesse ? Mais alors le nombre des socialistes peut être beaucoup plus grand qu’on ne pense. S’il fallait en revenir absolument aux traites de 1815, la France aurait beaucoup à changer sans doute pour sa part ; mais l’auteur oublie qu’une des premières choses à faire serait de supprimer la Belgique, — auquel cas sa brochure s’appellerait les Limites des Pays-Bas, et non les Limites de la Belgique. Ce petit livre, qu’il ne faut pas prendre trop au sérieux, est écrit avec une verve de haine contre la France qui rappelle les beaux jours de 1813, et, chose étrange, faut-il que ce soit dans notre langue qu’il soit ainsi parlé de notre pays ? Est-ce donc pour mieux prouver que c’est bien à la France de se laisser annexer à la Belgique ? Heureusement pour elle, la Belgique écoutera peu et suivra encore moins la politique de M. Jottrand, politique la plus triste de toutes, puisqu’elle ne serait que de la haine sans la puissance de la satisfaire.

En Allemagne, la question religieuse prend chaque jour un intérêt nouveau, et atteste par d’incessans témoignages que la lutte de l’église catholique et du protestantisme n’est point renfermée dans les limites de l’Angleterre. La Prusse s’est effrayée des progrès que la propagande catholique a faits dans le pays à la faveur même des succès qu’elle avait obtenus en Angleterre. Le gouvernement prussien, pour satisfaire aux inquiétudes de l’opinion, a cru devoir donner aux employés supérieurs des provinces des instructions formelles sur la conduite qu’ils avaient à tenir en présence de cette propagande. Par suite d’une indiscrétion, ces instructions ont été divulguées, et elles sont devenues l’objet d’une polémique très animée entre les feuilles périodiques des divers partis. Des écrivains distingués sont eux-mêmes intervenus dans la querelle. Les opinions bizarres y ont aussi trouvé leur place, et tandis qu’on lisait avec intérêt les brochures de M. Rintel et la lettre du professeur Walter de Bonn, on trouvait une ample matière à raillerie dans une brochure anonyme portant ce titre, dont la longueur est le moindre défaut : L’église catholique dans sa liberté, pierre sépulcrale de la révolution politique, pierre protectrice de la révolution sociale, pierre fondamentale de l’unité allemande, pierre baptismale de la science libre ! Il résulte des dis-