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et à prospérer sans grande agitation politique au dedans et sans grandes affaires au dehors ; mais l’agitation reparut a l’avènement du général Jackson.

Jackson fut, comme je l’ai dit, le parti démocrate président. Avec l’ardeur d’un homme des forêts, l’inflexibilité d’un homme des camps, l’ascendant d’un général victorieux, Jackson se fit contre le congrès le champion et le soldat des passions populaires. Appuyé sur ces passions, il empêcha le congrès de renouveler la charte de la banque des États-Unis, que les démocrates regardaient comme un moyen de tyrannie dans les mains de l’état, un privilège dangereux dans les mains des riches, mais que Washington avait fondée et que Madison avait respectée.

Après la majestueuse figure de Washington, et bien loin au-dessous d’elle, s’élève la figure un peu sauvage, mais grande encore, originalement énergique, de Jackson. Depuis, nul président ne fut un personnage. On tombe dans le commun et l’insignifiant. Le vieux général Harrison ne fit que passer, et mourut, au bout de quelques mois, de la fatigue des poignées de main, inauguration laborieuse de son pouvoir populaire. Tyler, démocrate nommé par une combinaison des whigs contre le sud, leur échappe, et tombe après sa première présidence, n’ayant plus personne pour allié. Avec Van Buren, la grande question de l’esclavage agite l’Union, et l’affaire du Texas ouvre cette route d’entreprises ambitieuses qui est pour elle un autre danger. Le parti démocrate change de nature ; son principe de l’indépendance des états n’était pas un principe d’envahissement, tant s’en faut, car la politique de guerre et de conquête doit toujours fortifier le pouvoir central. En se faisant belliqueux, il devient infidèle à ce principe ; il adopte les passions ordinaires aux partis démocratiques dans les autres pays ; il commence à être révolutionnaire, non au dedans, mais au dehors. Un nouvel ordre de choses s’établit, ou plutôt un élément de désordre s’introduit dans la politique américaine. À ce moment, le plus éloquent, le plus grand, le plus sage entre les citoyens des États-Unis, le plus infatigable représentant de l’esprit primitif de la république, celui en qui semblait avoir passé quelque chose de l’âme de Washington, M. Clay, fut au moment d’être élu président ; mais, signe fâcheux des temps, au lieu de M. Clay, on nomma un prétendant obscur et médiocre, M. Polk. Grâce aux bizarreries de la destinée, c’est sous ce président de hasard que le territoire des États-Unis s’accrut considérablement au nord-ouest par son extension dans l’Orégon, et au sud par la conquête du Mexique, conquête dont les résultats furent immenses, non pas seulement parce qu’elle mit dans l’Union deux états de plus, dont l’un était la Californie, mais parce qu’elle seconda puissamment