Page:Revue des Deux Mondes - 1853 - tome 2.djvu/1151

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de nuances, voilà, certes, de quoi inspirer des craintes au talent le plus sûr de lui-même et le plus expérimente. M. Landelle, qui jusqu’ici n’avait pas abordé des travaux de cet ordre et dont le talent en général a moins de portée que d’élégance, s’est donc trouvé un peu au dépourvu en face de difficultés si graves. Ne pouvant les résoudre de haute lutte, il a pris le parti de les tourner en envisageant surtout le côté pittoresque de l’œuvre. La signification morale de sa Renaissance ne dépasse guère celle des figures de pure ornementation, et bien que les noms de quelques grands artistes français s’unissent sous la main qui les inscrit aux noms des maîtres italiens, il serait malaisé de reconnaître un écho de notre art national dans le caractère de cette figure. Elle ne rappelle pas beaucoup plus la vraie renaissance italienne ; elle en reflète seulement la seconde phase, l’époque inférieure de Primatice, et les deux petits génies que M. Landelle a introduits dans sa composition contribuent médiocrement à en déterminer le sens, la grandeur et, jusqu’à un certain point, la justesse des intentions ne sont pas, on le voit, les qualités distinctives du tableau de M. Landelle ; son mérite principal consiste dans l’exécution, et, sous ce rapport, il y a beaucoup à louer dans cette toile. L’ajustement de la figure, sans révéler un goût fort original, témoigne d’un goût fin et d’un pinceau habile. La tête, d’une beauté un peu moderne peut-être, est délicatement modelée, et, n’étaient quelques imperfections de dessin, quelques proportions d’une exactitude douteuse, les bras, la partie découverte du torse et la draperie jetée sur les genoux soutiendraient la comparaison avec les meilleurs morceaux de la peinture contemporaine : nous parlons ici, il faut le répéter, de l’exécution matérielle, et non du sentiment. Le sentiment large des maîtres est, en effet, ce qui manque à M. Landelle talent souple, adroit, séduisant, mais au fond un peu dénué de force et d’ampleur. La Renaissance, à ne prendre cette figure que comme une élégante figure de jeune femme, est une œuvre pleine de charme, où tout plaît au regard et caresse l’esprit ; elle réussit moins à le satisfaire quand on se rend compte des hautes conditions du sujet.

Cette recherche à peu près exclusive de l’agrément qu’il est permis de reprocher au tableau de M. Landelle est au reste le défaut aussi bien que la qualité d’une jeune école à laquelle appartiennent entre autres MM. Hamon et Gérôme. Les artistes qui la composent, et dont les œuvres procèdent à la fois des exemples de M. Delaroche et des exemples de M. Gleyre, semblent avoir pris pour but une sorte d’idéal familier. À mesure que le réalisme se généralise, ils s’attachent de plus en plus à la poursuite de la distinction et de la grâce ; à mesure que la forme se dégrade sous le pinceau des Valentins de notre âge, ils travaillent plus obstinément chaque jour à l’épurer à la dégager de tout détail impliquant une idée d’énergie ou d’altération quelconque, et ils enjolivent jusqu’à l’antique pour mettre sa grandeur sévère en rapport avec leur goût un peu précieux. M. Hamon avait exposé au salon dernier un tableau, la Comédie humaine, qui laissait entrevoir une idée ingénieuse plutôt qu’il ne formulait clairement une pensée, mais dans lequel on louait à juste titre l’élégance du style et la finesse de l’exécution. Celui qu’il nous donne cette année mérite les mêmes éloges, et il a de plus l’avantage de ne laisser dans l’esprit du spectateur aucun doute sur le sens exprès et la probabilité de la scène. Lors même que M. Hamon ne l’aurait pas intitulée